3 questions à Jean Szlamowicz

1. Jean Szlamowicz, qui êtes-vous et quel est votre parcours  ?

Je suis normalien et agrégé d’anglais. Ma thèse portait sur la morphosyntaxe de l’anglais oral et je l’ai réalisée grâce à un corpus que j’ai recueilli à Cambridge où j’ai enseigné deux ans comme lecteur. C’était les débuts des logiciels d’analyse de la parole, ce qui a considérablement enrichi la compréhension de micro-phénomènes essentiels pour la structuration syntaxique, interactionnelle et cognitive. Je me suis ensuite tourné vers ce qu’on appelle « traductologie », vers l’analyse du discours et la rhétorique, notamment en travaillant sur l’antisémitisme et la formulation des idéologies. J’ai aussi tenté de mettre en place une forme de sémantique lexicale tournée vers la sociolinguistique avec Jazz Talk. Approche lexicologique, esthétique et culturelle du jazz (2021) et Savoir parler du vin (2023) et tenté de recentrer certains débats sociaux autour des réalités proprement linguistiques (Le sexe et la langue, 2018).

Je suis également traducteur professionnel, dans des domaines variés : fiction, sciences humaines, musique… Je dirige la collection Le point sur les idées chez Intervalles consacrée à des notions polémiques (l’extrémisme, la post-vérité, le post-humanisme…) et la collection Plurielles chez Ophrys consacrée à des manuels de linguistique anglaise. Enfin, je suis critique de jazz et programmateur.

2. Comment percevez-vous votre rôle au sein du dispositif d’enrichissement de la langue française (DELF) ?

Chaque expert apporte un point de vue différent, ce qui fait la force du dispositif qui cumule ainsi les apports de disciplines variées. Bien souvent, nous devons aborder les questions terminologiques sous l’angle de l’équivalence traductive, du fait de pratiques utilisant des emprunts à l’anglais ou inventant des mots calqués sur l’anglais. En tant que spécialiste de sémantique lexicale, de l’anglais et de la traduction, je suis particulièrement soucieux du bien-fondé de tels termes : il y a parfois des locutions ou des collocations qui produisent un « effet terminologique », mais dont le passage au français révèle parfois ce que ces mots doivent à la mode. Ce sont souvent en réalité des facilités jargonnantes sans pertinence terminologique. Plus largement, nous nous interrogeons à la fois comme experts et, bien sûr, comme usagers de la langue, attentifs à la manière dont chacun perçoit les termes examinés, ce qui permet une réflexion riche et sincère.

3.  Quel est l’intérêt du dispositif d’enrichissement de la langue française (DELF) dans le domaine de l’enseignement ?

Cela fournit un point de référence et d’autorité, ce qui est essentiel pour fixer des usages fluctuants. Ce dispositif apporte des réponses à une certaine insécurité linguistique face à des mots intimidants, à des anglicismes, à des concepts mal définis ou dont la transparence est en réalité ambigüe. Nos efforts de définition tendent à désambigüiser et à rendre accessibles des notions dont la circulation se fait parfois de manière approximative.