La nominite*, maladie jusqu’ici connue sous l’appellation scientifique de name dropping, se propagerait-elle de façon exponentielle en ce mois de septembre ? Si cette inflammation du discours caractérisée par l’apparition de noms de personnalités ou d’institutions reconnues paraît se répandre particulièrement dans certains milieux, les erreurs de diagnostic seraient en réalité très fréquentes, aux dires des spécialistes concernés.
Tenez, par exemple, comme me le confiait récemment Augustin Trapenard, ce que l’on prend dans le secteur de l’édition pour un symptôme de la nominite est en fait la simple annonce des auteurs et autrices de la rentrée littéraire : les éruptions de Philippe Jaenada et autres Laura Kasischke sont donc absolument normales dans ce contexte, et tout soupçon de nominite est digne des meilleures fantasies… « La peste, importée par le « patient zéro » Albert C., est à peu près la seule épidémie qui ait jamais touché notre milieu : le reste n’est que maladie imaginaire », se défend notre ami critique littéraire. Ce qui ne fait que corroborer ce que m’avait déjà expliqué Bernard Pivot en son temps.
Autre rumeur qui circule : il faudrait chercher à soigner l’apparition de noms de responsables politiques explosant actuellement dans les médias. Infox, m’ont assuré Nathalie Saint-Cricq et Pascal Perrineau, avec qui je déjeunais justement hier ! Il s’agit là d’un phénomène tout à fait classique à l’approche d’un grand scrutin. Nulle campagne de prévention à prévoir en période de campagne électorale, donc : l’immunité est assurée pour les commentateurs.
Dernière communauté réputée à risque : celle des enseignants. En effet, l’on observe très régulièrement chez ces sujets des efflorescences de noms. J’en discutais ce matin avec Céline Alvarez, qui me faisait remarquer que cette pathologie se distinguait clairement de la nominite par son caractère obsessionnel et ritualisé : les noms sont systématiquement énoncés dans le même ordre et au même rythme, tous les jours, et toujours en début de journée ou de cours. Nous rejoignant alors, Philippe Meirieu me précisa qu’il s’agissait simplement de la maladie d’appel, très contagieuse en période de rentrée scolaire, mais bénigne tant les noms cités sont inconnus du grand public. Exit le bilan médical, place au bilan pédagogique.
Toute effusion de noms de personnalités dans un propos oral ou écrit n’est donc pas inquiétante, et aucun vaccin polyvalent n’est à envisager à ce stade pour protéger les différents milieux évoqués. Bien entendu, restons attentifs et veillons sur nos proches, d’autant que les patients atteints de cette maladie en sont rarement conscients. Si l’interrogation compulsive du Who’s who est un signe avant-coureur à ne pas prendre à la légère, la consultation du bien nommé Robert des noms propres, qui ne répertorie que des manifestations aujourd’hui éradiquées, ne doit en revanche pas alerter, paraît-il. Ah, si seulement Alain Rey et Josette Rey-Debove étaient encore là pour me le confirmer, tout de même...
* Terme en cours de publication au Journal officiel, avec la définition suivante : Tendance d’une personne à émailler ses discours de noms de personnalités ou d’institutions reconnues en vue de s’en attribuer l’autorité ou de se prévaloir d’une familiarité avec elles.

