1. Pascal-Raphaël Ambrogi, qui êtes-vous et quel est votre rôle au sein du dispositif d’enrichissement de la langue française (DELF) ?
Administrateur de l’État, je suis très attaché à mes fonctions d’Inspecteur général de l’Éducation que j’occupe depuis 2008. Le dispositif m’a accueilli en 2009 en tant qu’expert, puis m’a offert d’assumer les fonctions de Haut fonctionnaire. Le haut fonctionnaire chargé de la langue française et de la terminologie bénéficie aujourd’hui d’un rôle renforcé et de responsabilités élargies à l’ensemble des questions liées à l’emploi et à la promotion de la langue française dans les administrations. En tant que correspondant et interlocuteur de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, dans ma mission d’application de la loi relative à l’enrichissement de la langue française, je veille à l’application du cadre légal qui garantit l’usage de cette dernière.
2. Que vous apporte le dispositif à titre personnel ?
Les mots sont au service du sens et de la nuance. La langue est un outil au service des esprits libres : la richesse du vocabulaire est gage de cette liberté. La langue française est, par son universalisme, source de sagesse et, par la richesse de ses nuances, puits de précision dans l’expression. Notre action commune tient ainsi à l’enrichissement, à la préservation et à la promotion d’un vocabulaire utile à l’intelligence de nos démarches ou à la connaissance d’un monde aux limites sans cesse repoussées, dans l’éternité du changement. Les lexiques à la richesse à laquelle nous contribuons permettent la compréhension des enjeux qui s’imposent à notre société. Le vocabulaire constamment enrichi par l’action du dispositif doit être mis à la portée du plus grand nombre. En 2022, nous avons célébré à la fois le cinquantième anniversaire du dispositif interministériel et les soixante ans d’une volonté politique en faveur du français, langue d’unité et d’identité. Cette entreprise collective a permis de doter notre langue française de plusieurs milliers de termes. C’est l’importance et la richesse de cette mission qui justifient mon engagement.
3. Quel est l’intérêt du DELF dans le domaine de l’éducation ?
La puissance d’une langue se juge au pouvoir d’argumentation et d’analyse qu’elle donne à chacun. La langue est faite pour mettre en mots sa pensée avec sérénité et maîtrise. Les actions ayant pour objet de promouvoir l’universalité et l’unité de la langue française sont à ce titre fondamentales. Pour demeurer vivante, une langue doit être en mesure d’exprimer le monde moderne dans toute sa diversité et sa complexité, et d’être transmise dans toute sa richesse. On rappellera que près de deux Français sur cinq, après des années passées à l’École, se trouvent dans une situation d’insécurité linguistique. Cette insécurité obscurcit durablement les horizons culturels, civiques et professionnels de nos concitoyens. L’École et ses maîtres doivent pouvoir transmettre la joie de comprendre après l’effort de la pensée, l’amour du raisonnement rigoureux et le goût de la réfutation exigeante. Cette ambition passe par la langue et ses mots, une langue juste et précise qui nous invite à expliquer plutôt qu’à menacer. Dans ce contexte, l’École doit permettre à ses élèves d’appréhender un lexique de plus en plus riche qui seul leur permettra d’élaborer une pensée complexe et d’améliorer leurs capacités de raisonnement. Notre langue, qui est la matrice d’une culture, doit conserver son caractère collectif et sa vertu de mobilisation sociale. C’est là aussi toute la richesse de notre dispositif.