3 questions à Martine Rousseau

1. Martine Rousseau, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle au sein du dispositif d’enrichissement de la langue française (DELF) ?

J’ai été correctrice dans l’édition, mais surtout en presse quotidienne, et notamment au journal Le Monde, d’abord pour la version papier puis pour la version numérique. Parallèlement, j’ai étudié avec délices le japonais à l’Institut national des langues et civilisations orientales (les ex- « Langues O’ »). Rythme de la langue, plaisir de la prononcer…, tout cela fut un voyage linguistique d’une grande poésie. Depuis que je suis à la retraite, j’anime un « Atelier dikthé » dans un café parisien, l’intitulé de l’atelier disant assez quel terrain de jeu peut être la langue. Et depuis plus de quatre lustres, je co-anime un blogue sur le site du Monde, Langue sauce piquante. Dans le dispositif, participant chaque mois à la réunion plénière de la CELF (Commission d’enrichissement de la langue française), je propose mon point de vue de (modeste) praticienne de la langue, ce qui n’est pas toujours un exercice aisé face aux excellents terminologues et aux experts représentant des domaines variés. J’ajoute que le blog me permet de relayer les travaux de la CELF, ou les colloques organisés par la Délégation. En voici quelques exemples : Que veut dire « mpox » ?, De la difficulté de « dire le monde » actuel en français, ou La neige est (aussi) marine.

2. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée lors de vos débuts au sein du dispositif ?

C’est assurément le mélange de minutie, de haute tenue et d’humour des débats, sans oublier la courtoisie, tout cela étant bien éloigné des polémiques sur la langue où volent les noms d’oiseaux. Car si la France compte 68 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement, sa langue en est un de taille !

Je découvrais alors ce qu’était l’art subtil de la terminologie, celui tout aussi subtil des définitions, tous deux très différents de l’art de la correction, même si une des tâches des correcteurs est de trouver le mot approprié.

3. En tant que correctrice de presse, quelle utilité trouvez-vous au dispositif ?

Il suffit de lire la presse pour être frappé par la prégnance des termes anglophones, ou plus exactement du globish, qui brouille la lecture, et Le Monde, hélas, est loin d’y échapper ! Or le travail de la CELF est précisément de trouver des équivalents français aux termes anglais dont l’usage immodéré obscurcit souvent la compréhension des articles. Il est donc fort important pour une langue française qui perd ses couleurs. Reste aux journalistes à oser s’emparer des trouvailles du dispositif, et là est la difficulté car les habitudes paresseuses sont tenaces. Le site FranceTerme devrait être un outil pour eux, qui s’honoreraient de se souvenir que le français est la langue de la République, et non une langue du passé.