Effacer les dégâts de la pollution grâce aux plantes : il ne s’agit pas là de la promesse faite à votre peau par une gamme de produits cosmétiques naturels, mais d’une expérience menée dans le Sud de la France par des experts en écotoxicologie, sur un sol meurtri par la guerre*. Au milieu du biotope riche en biodiversité de la plaine du Crau (Bouches-du-Rhône), dans une petite zone où des munitions hors d’usage furent brûlées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, plus rien ne pousse… excepté le brachypode rameux, dit « baouque » en provençal. Aux côtés du bleuet et du coquelicot, fleurs de la solidarité et du souvenir, ce brachypode incarne donc lui aussi la résilience, de façon très concrète puisqu’il se développe dans cette terre malgré la teneur en métaux lourds.
Voyant en cette plante une promesse de renouveau propre à rivaliser avec le plus traditionnel muguet, l’idée a germé, chez ces chercheurs, de mener une expérience de phytoréhabilitation en plantant des milliers de pieds de baouque à cet endroit et dans d’autres terres polluées : la plante permet une stabilisation des flux de polluants et facilite ainsi la renaturation de la zone de friche. Une cartographie réalisée grâce à l’imagerie hyperspectrale permet par ailleurs d’établir un diagnostic des sols contaminés.
L’expérimentation pourrait être transposée dans d’autres zones où la guerre a semé la zizanie. Pour cela, les professionnels des métiers verts doivent adapter les plantes et les procédés aux écosystèmes à restaurer et aux polluants incriminés (par exemple, l’Iran utilise dans certains missiles balistiques des propergols particulièrement toxiques) : on ne fait pas verdoyer les sols victimes de la guerre en partant la fleur au fusil…
Image : Tas de galets construits pendant la Deuxième Guerre Mondiale pour l'armée allemande, craignant un débarquement aérien allié dans la Plaine de la Crau. Secteur du Grand Carton. Matthieu Gauvain, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons

