Musicien , compositeur et producteur depuis le début des années 90, Bertrand Burgalat a collaboré avec Alain Chamfort, Katerine, Valérie Lemercier, Michel Houellebecq, ou encore Depeche Mode. Son nom s’est inscrit sur les pochettes de près de deux cents disques, collectionnant les succès critiques comme commerciaux notamment avec Christophe Willem… Pour la 31ème édition de la Fête de la Musique célébrant le cinquantenaire de la Pop, il participe au concert gratuit du ministère de la Culture et de la Communication dans les Jardins du Palais-Royal à Paris, le 21 juin.
Quels sentiments vous animent à l'idée de jouer lors de
la Fête de la musique dans les jardins du Palais-royal, pour le
ministère de la Culture et de la Communication ?
Bertrand Burgalat : Le premier sentiment qui me
vient à l’esprit c’est la gratitude. Et ensuite
c’est la crainte (sincère) de ne pas être à la hauteur de la
confiance qui m’est faite...
Quel regard porte un artiste parfois considéré comme «
branché » voire « élitiste » sur cette manifestation populaire
?
B.B : Je me suis toujours efforcé de ne pas être «
branché », quant à l’élitisme c’est un mot qui est
souvent utilisé pour stigmatiser le fait de ne pas traiter le
public avec mépris et condescendance, comme ces dirigeants de
chaînes qui inondent la TNT de clips « bébètes » tout en faisant
donner des cours de piano classique à leur progéniture. Ce
qu’il y a de formidable avec la musique c’est que
c’est probablement le mode d’expression qui est le
moins lié aux origines sociales ou culturelles. Je ne suis pas très
« homo festivus », pour reprendre l’expression de Philippe
Muray, mais je trouve cette manifestation extrêmement touchante
lorsqu’elle met en avant la pratique de la musique
non-professionnelle. Il y a huit ans, pour le 21 juin,
j’avais été invité à jouer au square des Epinettes et
j’avais répété avec une chorale du quartier. C’est un
souvenir merveilleux. La Fête de la Musique c’est aussi
l’occasion de faire des choses qu’on n’a pas
l’habitude de faire, ce qui sera le cas au
Palais-Royal.
Durant ce concert, 5 groupes interprèteront leur répertoire
ainsi que des reprises d'artistes emblématiques ayant marqué
l'histoire de la pop... Pouvez-vous nous dévoiler les morceaux que
vous comptez jouer ?
B.B : Il était question que je reprenne des chansons de
Gainsbourg mais je trouve difficile de s’emparer de son
répertoire. Je crois que ce serait plus intéressant si
c’était fait par quelqu’un aux antipodes de son
univers. En plus Gainsbourg était un très bon chanteur et les
interprètes approximatifs dans mon genre ont tendance à singer les
tics du Gainsbarre dernière période. Je vais essayer de remonter le
fil de l’histoire, en commençant par des précurseurs comme
Noël Deschamps et Ronnie Bird, en continuant avec Catherine Ribeiro
puis Higelin et peut être aussi la face « pop » de Reggiani. La pop
en France c’est aussi William Sheller, Nino Ferrer, Ferré
période Zoo ou Vassiliu mais c’est comme pour Gainsbourg je
me sens trop proche d’eux, j’ai peur d’être trop
respectueux et que ça sonne comme les originaux en beaucoup moins
bien.
Allez vous jouer avec les musiciens du groupe As dragons ? Que
représentent-ils pour vous, que vous apportent-ils sur scène
?
B.B : Je vais jouer avec A.S Dragon : Hervé Bouétard à la
batterie, David Forgione à la basse, Stéphane Salvi à la guitare et
Michael Garçon aux claviers. Ce sont des musiciens qui peuvent
jouer avec énergie des choses compliquées, ils abordent la pop et
le rock comme des jazzmen.
Pourquoi prétendez-vous être « très mauvais sur scène »
?
B.B : Précisément parce que j’ai l’impression
d’avoir entre les mains, avec A.S Dragon, une superbe voiture
de sport, et de la conduire comme un tracteur ! Je suis timide,
j’aime jouer mais je ne suis pas à l’aise avec la
dimension théâtrale de la scène. En studio j’ai tendance à
mettre toute mon énergie dans la création du morceau et, dès
qu’il est terminé, à oublier immédiatement tout ce que je
viens de faire. Dès qu’un titre est enregistré, je
l’efface complètement de ma mémoire afin de passer à un autre
projet donc j’ai souvent du mal à me souvenir de ce que
j’avais fait, des paroles, de certaines harmonies. Mais je
considère que la scène et le studio sont deux activités aussi
différentes que le théâtre et le cinéma. Je ne cherche pas, sur
scène, à refaire en moins bien ce que j’ai passé des mois à
construire en studio, je cherche à exposer les chansons sous un
éclairage plus direct et plus cru.
La Fête de la musique célèbre cette année les 50 ans de la pop avec
la sortie en 62 de Love me do des Beatles... Écoutez-vous encore
quelques classiques de ce courant musical tels que Sgt Pepper ou
Pet Sounds des Beach Boys?
B.B : Je suis né en 63 j’aurai donc vécu cette
histoire depuis le début, si on considère que les bébés entendent
la musique dans le ventre de leur mère... Il y a près de 30 ans la
découverte de Pet Sounds a été un tel choc pour moi que je dois
avouer que je ne l’ai plus écouté depuis une bonne vingtaine
d’années. Mais ce sont des disques qu’on n’oublie
jamais.
Vous avez dit « Ce qu’on appelle la musique pop c'est
justement un art "populaire". » Comment la définiriez-vous plus
précisément ?
B.B : J’ai une perception instinctive et spontanée
de la musique. Je me sens plus proche en cela du « grand public »
que d’auditoires plus poseurs pour lesquels les goûts,
musicaux ou autres, servent avant tout de marqueur social. La «
musique pop » c’est un mot qui est arrivé dans les années 60
et qui désigne aussi bien Frank Zappa que Kylie Mynogue, Brian Eno
ou Duran Duran, c’est cette absence de codification qui en
fait l’intérêt : il y a des puristes du classique, du rock ou
du jazz, il n’y a pas de puristes de la pop.
Les critiques de votre dernier album Toutes directions parlent de «
pop décalée et raffinée », de « tubes pop sublimes », ou encore de
vous en tant que « producteur pop et chic »... Vous
reconnaissez-vous dans ces qualificatifs ?
B.B : Des « tubes pop sublimes » c’est ce que
j’aimerais faire mais je ne suis pas sûr d’y parvenir
hélas ! Chic, décalé, ce sont des qualificatifs très bienveillants
mais je ne me reconnais pas là-dedans car ce que j’essaie
d’exprimer est plus viscéral. Bien sûr je trouve qu’il
y a assez de choses moches comme ça dans le monde dans lequel on
vit alors c’est toujours mieux d’essayer d’être
élégant quand on dit des choses tristes, mais ce n’est pas
une fin en soi.
« Je pensais que nous faisions de la musique comparable aux
symphonies de Malher, pas de la pop music » s’étonnait Robert
Smith, le mythique leader de The Cure... A qui aimeriez-vous être
comparé ?
B.B : Franchement je ne vois aucune comparaison qui ne
serait pas à mon désavantage, et les références prétentieuses sont
à manier avec précaution...
Parolier, musicien, compositeur, arrangeur, producteur, directeur
de label... Quel terme semble le mieux vous définir aujourd'hui
?
B.B : Je crois que je suis un musicien
d’aujourd’hui, c’est à dire quelqu’un qui
essaie de faire des choses qui n’auraient pas pu être faites
de la même manière auparavant, et les différentes fonctions que
cela m’amène à exercer sont la conséquence de mon appétit de
musique et aussi des difficultés qu’on peut rencontrer
lorsqu’on suit ce chemin.
Concert gratuit au Palais-Royal à Paris organisé par le
ministère de la Culture et de la Communication pour la Fête de la
musique
Le Jeudi 21 juin , à partir de 16h, un récital de 40 pianos
customisés par 40 artistes plasticiens est donné par les enfants
des conservatoires de Paris. Puis de 19h à minuit, le fondateur du
label Tricatel joue aux cotés des guitares électriques de Buridane,
de la voix exceptionnelle de Barbara Carlotti, de la pop sucrée de
77 Bombay Street et du rock d’Archimède…
Sur le Web
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