Pablo Giorgelli, caméra d'or au Festival de Cannes : « le cinéma, c'est tomber amoureux d'une histoire »
A l'occasion de la sortie de son premier film Les Acacias le 4 janvier, le réalisateur argentin Pablo Giorgelli, caméra d'or au Festival de Cannes en 2011, répond à nos questions.
Les Acacias est votre premier film de
fiction. Auparavant, vous avez été monteur et réalisateur de
documentaire. Qu'est-ce qui vous a décidé à passer à la réalisation
d'une fiction ?
Pablo Giorgelli : En réalité, je me suis toujours senti
réalisateur de fiction. Même si cela a pris beaucoup de temps car
je n'ai réalisé ma première fiction qu'à 44 ans. Toutes mes
activités précédentes : monteur, travail pour la télévision et la
publicité, producteur, étaient en fait des étapes pour apprendre et
pour aboutir à cela. De plus, je ne pense pas qu'il y ait de grande
différence entre le documentaire et la fiction. Mon prochain film
sera soit un documentaire soit une fiction. Voire même un film où
il y aurait un langage mixte. Je n'ai pas envie de séparer les
choses et cela m'intéresserait de faire un mélange entre les deux
genres.
Comment s'est déroulé le tournage de Les
Acacias ? A t-il été tourné en Argentine ?
P. G. : Le tournage a été très long, il a duré cinq ans. J'ai
mis deux ans à écrire le scénario, plus d'un an à chercher des
acteurs. C'était un tournage très difficile car il fallait filmer
en mouvement et en plus avec un bébé. On a presque tout tourné en
Argentine, sauf le début qui se passe au Paraguay. Et on a décidé
de différents points où l'on tournerait pour reconstruire les 1500
km. En particulier trois villes : une première qui se trouve à la
frontière entre le Paraguay et l'Argentine, une seconde dans la
campagne en l'Argentine et enfin Buenos Aires. Le voyage dans le
film se déroule sur la route que l'on prend pour aller de Asuncion
à Buenos Aires et que je connaissais très bien car pendant un an,
j'ai beaucoup voyagé sur cette route pour prendre des photos, et
faire des repérages. D'ailleurs – pour revenir à la question
précédente - c'est là qu'on voit que la frontière entre le
documentaire et la fiction est très fine car il y a beaucoup de
gens dans le film qui ne sont pas acteurs. Ceux qui se trouvent
dans la station d'essence par exemple ou ceux qui sont dans le bar,
à la frontière, ou encore au début du film, les gens qui coupent
les arbres. Il y a vraiment quelque chose qui tient du documentaire
dans ce film.
Votre film Les Acacias est un huis clos
entre un chauffeur, une passagère et son bébé, qui se passe dans un
camion, lors d'un voyage entre le Paraguay et l' Argentine.
L'histoire aussi d'un homme seul qui va s'ouvrir aux sentiments, à
la joie d'une famille. Qu'est-ce qui vous a inspiré cette histoire
?
P.G. : Je ne l'ai compris qu'au fur et à mesure du tournage du
film mais cette histoire est en rapport avec quelque chose de très
personnel, une crise que j'ai vécue il y a quelques années. A cette
époque, il s'est passé énormément de choses en même temps dans ma
vie. Tout d'abord mon père est tombé gravement malade. Cela a été
très long, très triste et difficile à accompagner. J'ai également
divorcé et puis il y a eu la crise économique en Argentine qui m'a
laissé presque sans maison et sans travail. A cette époque, je me
suis complètement renfermé sur moi-même, j'étais très angoissé et
je me sentais terriblement seul. J 'ai alors commencé à écrire
mes impressions sur la solitude, la souffrance. Et petit à petit
est venue cette histoire. Quand je vois le film, je me dis que
l'histoire de Ruben est très similaire à la mienne C'est aussi un
film sur la transformation de soi. Depuis 10 ans je me suis petit à
petit retrouvé. Je crois que c'est ce dont parle le film, la
transformation de quelqu'un qui passe de l'angoisse à un sentiment
nouveau d'ouverture sur le monde.
Comment avez-vous choisi les acteurs ?
P.G. : Le choix des acteurs a été crucial. La réussite d'un
film est en partie liée au fait de très bien choisir ses acteurs.
J'y ai d'ailleurs consacré un an et demi. Pour le rôle de Ruben,
j'ai cherché de vrais camionneurs mais cela n'a pas marché. Je me
suis alors tourné vers des acteurs et c'est là qu'est apparu German
de Silva. Pour le choix de l'actrice, cela a été beaucoup plus
surprenant. Elle était l'assistante de production pour le casting
au Paraguay et cherchait l'actrice pour jouer Jacinta. C'est
finalement elle qui a interprété ce rôle. C'est d'ailleurs une très
bonne actrice très intuitive, très intelligente et très naturelle.
Quant au bébé, cela a été un miracle. J'ai vu dès le casting que ce
bébé était très spécial. Il y avait une grande part de risque dans
ce choix, mais je crois que la chance nous a sourit pendant tout le
film.
Et comment les avez-vous dirigé ?
P.G. : Pour ce qui est du travail avec les acteurs, on a fait
énormément d'essais. Et je leur ai beaucoup parlé du ton que je
voulais donner au film. Comme ce sont de très bons acteurs, ils ont
très vite compris les personnages qu'ils devaient
interpréter.
Le reste du travail s'est fait en fonction du bébé, de ses humeurs.
Notre stratégie pendant tout le tournage a été de le suivre. Il
fallait être très patient. On passait constamment d'une scène à une
autre. S'il se mettait à pleurer on passait à la scène où il devait
pleurer. Même chose si elle riait. C'est très difficile pour un
acteur et aussi un réalisateur de travailler de cette manière. Tous
ces essais étaient donc très importants pour que nous connaissions
très bien les scènes. De temps en temps, certaines choses
surgissaient pendant le tournage et on sautait sur l'occasion pour
changer des choses dans le scénario. Mais au final il y a très peu
d'improvisation dans le film.
J'ai lu que votre prochain film s'intitulerait
Ma grand-mère Julia. La famille est elle un thème que vous
affectionnez particulièrement ?
P.G. : En effet j'ai ce projet de film sur ma grand-mère Julia,
mais depuis quelques jours j'ai complètement changé de projet. Je
compte réaliser un documentaire sur le football. Avec un
documentaire, on est beaucoup plus libre. Je peux prendre ma
caméra, partir seul et filmer, et je n'ai pas besoin de moyens
financiers faramineux.
Pour ce qui est du film sur ma grand mère Julia, la famille est en
effet un thème qui m'intéresse beaucoup, en particulier les
relations entre les parents et les enfants. Et je peux dire que
tous mes films maintenant vont parler des relations familiales
entre les parents et les enfants, de l'amour entre un homme et une
femme. L'histoire de ma grand mère Julia est inspirée de ma vie
mais ce sera quand même une fiction. Je crois que dans tous mes
films il y aura toujours quelque chose de très personnel. Mais pour
le moment, ce n'est qu'une idée, des sensations. Il n'y a pas
encore de scénario.
Cela fait cinq ans que je suis sur Les acacias et je sais
qu'il faut que je rentre chez moi, que j'arrête de passer de
festival en festival. Que je puisse me retrouver avec moi-même pour
écrire à nouveau. En ce moment, je suis très distrait et j'ai
besoin de voir de quelle histoire je vais tomber amoureux car je
crois que le cinéma c'est tomber amoureux d'une histoire.
Quels sont les cinéastes que vous préférez ou qui
vous inspirent ?
P.G. : J'aime beaucoup de cinéastes différents, comme l'iranien
Abbas Kiarostami ou
l'américain Spielberg. Mais en réalité, plus que des cinéastes ce
que j'aime ce sont des films. J'apprécie beaucoup le cinéma italien
des années 50, le néo-réalisme italien, les films français des
années 60.
J'aime beaucoup de films différents : les films d'auteurs, les
films plus personnels mais aussi les films plus commerciaux. C'est
très difficile de donner des noms car il y en a beaucoup. Je peux
mentionner David Lynch et son film Une histoire
simple. Il y a aussi les films de Spielberg comme
son premier film qui se passe sur un camion. Je trouve que
ce cinéaste est un génie. Mais pour résumer le cinéma que j'aime en
un film, ce serait Close Up de Kiarostami qui est une
déclaration d'amour au cinéma.
Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez reçu la
caméra d'or au festival de Cannes ?
P.G. : Se souvenir de Cannes, c'est très étrange pour moi.
Encore aujourd'hui quand je vois des photos, j'ai l'impression que
ce n'est pas moi qui suis dessus, que c'est quelqu'un d'autre qui a
mon visage. Cela a été une surprise énorme car j'étais déjà parti
de Cannes quand on m'a appelé pour recevoir le prix. Je pense que
cette remise de prix va rester en moi toute ma vie.
Ce qui est merveilleux avec ce prix, c'est de voir comment il a pu
aider un petit film comme le mien à être diffusé dans le monde
entier. Aujourd'hui, il sort dans de nombreux pays, en Angleterre,
en France, en Argentine, en Norvège, en Grèce, et je crois que
c'est le souhait de tout réalisateur d'en arriver là. Aujourd'hui
pour moi, la caméra d'or, la semaine de la critique, le festival de
Cannes c'est quelque chose d'énorme, d'incroyable et je suis très
reconnaissant envers ce festival.
Les Acacias de Pablo Giorgelli
Sortie le 4 janvier
Histoire des arts
Retrouvez 4000 œuvres d'art en ligne, classées selon le programme d'enseignement d'histoire des arts
Identification d'une femme
Le réalisateur Niccolo que son épouse vient de quitter, noue une liaison passionnée avec une jeune femme qui disparaitra. En la recherchant, il rencon...
Cléo de 5 à 7
Cléo, une belle et jeune chanteuse, attend les résultats de ses examens médicaux. Pendant deux heures, elle erre, angoissée, dans les rues de Paris à ...
Rosa Barba : «Vu de la porte du fond»
Le cinéma est le langage de Rosa Barba. Elle le crée, l'analyse, l'étudie et le dissèque, en isole les différents éléments -- tels que le texte, la ba...
Pina
Un film dansé en 3D, porté par l'Ensemble du Tanztheater Wuppertal et l'art singulier de sa chorégraphe disparue à l'été 2009. Ses images nous convien...
Lees rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch
En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakthof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolesc...
Laurent Grasso, Sans titre, 2003-2005, 3', son, couleur
Images Parallèles - Écran géant pour l'art contemporain à la Défense. À la Défense, l'art vidéo s'échappe des cadres habituels (tablettes, écrans plas...
Loulou et autres loups
Autour du spectacle La Peur du loup dans le cadre de «La Fabrique fait son cinéma au Sénéchal»: Ciné goûter avec la projection du film Loulou et autre...
Ciné TV concert Séville 82
Ciné-télé concert par RED + TESSIER + MARINESCU Espagne, 1982. Coupe du Monde de football. Ce jeudi 8 juillet, le stade Sánchez Pizjuán de Séville est...
Nosferatu -- Quatre Murnau / Jean-François Zygel
Friedrich Wilhelm Murnau s'est imposé dans les années 1920, aux côtés de Fritz Lang et Georg Wilhelm Pabst, comme l'un des maîtres du cinéma expressio...
Le mystère Rygseck, Matti Kassila 1960
Quand le riche play-boy Bruno Rygseck est retrouvé mort dans sa piscine à l'issue d'une soirée arrosée organisée chez lui, le commissaire Palmu flaire...
Brodeuses
Drame, réalisé par Eleonore Faucher, avec Lola Naymark, Ariane Ascaride, Thomas Laroppe (France, 2004, 1h28). Prix Michel d'Ornano au Festival du Film...
Twin Peaks
Deux agents du FBI arrivent à Twin Peaks où vient d'être découvert le corps de Teresa Banks, une serveuse qui se droguait et se prostituait. L'affaire...
Fanfan la Tulipe
Pour échapper à un mariage forcé, Fanfan s'engage dans l'armée, enrôlé par la fille du sergent, qui sous les traits une belle voyante lui avait prédit...
Mondi Plympton
Le programme réunit onze courts-métrages de Bill Plympton. /// CINEMA PAUL DESMARETS
(Super)Hamlet
L'histoire drôle et tragique du passage à l'age adulte du jeune Hamlet. Samuel Hercule / Métilde Weyergans. /// THÉÂTRE MUNICIPAL
Les bovines
Ou la vraie vie des vaches. D'Emmanuel Gras. /// CINEMA PAUL DESMARETS
Un été au Ciné
20 projections en plein air dans différents quartiers de Pau. Tex Avery | Il était une fois dans l'ouest | Ne nous fâchons pas | Joyeuses funérailles ...
Andreas Thiranos, Superman Never Returns
À l'occasion de l'exposition Gisement et Extraction de Naïs Calmettes et Rémi Dupeyrat, le duo d'artistes programme le film Superman Never Returns de ...
L'Homme qui ne savait pas dire non, Risto Jarva 1975
De retour après quinze ans passés aux Etats-Unis, le pasteur Aimo Niemi atterrit dans un Helsinki estival, où son vieux quartier avec ses maisons en b...
Robyn Orlin
Pour Robyn Orlin dont on connaît l'irrévérence joyeuse et l'entrain avec lequel elle s'affronte aux sujets les plus graves, l'art est inséparable du c...
Le cheval et ses patrimoines
Découvrez dans le moteur "Collections" le cheval, cette noble conquête de l'homme.
Sam Lévin (1904-1992) et l'âge d'or du cinéma français
Découvrez son oeuvre issue principalement de la base Mémoire, service des Archives photographiques
Les Mayas du Guatemala
Découvrez un corpus original dans le moteur de recherches "Collections" issu des bases de données du musée du quai Branly et de l'agence RMN
Le Roc-aux-Sorciers
Découvrez une nouvelle ressource documentaire référencée dans le moteur Collection : le site Internet "le Roc-aux-Sorciers", publication scientifique ...
Le musée des Monuments français
Découvrez une nouvelle base de données : la base des documents photographiques du Musée des monuments français produite par la Cité de l'architecture ...
Manet, inventeur du moderne
Découvrez une nouvelle base de données référencée dans le moteur Collections : la base du musée d'Orsay
Le tourisme balnéaire sur la côte picarde
Découvrez une nouvelle base de donnée référencée dans le moteur Collections : les Archives départementales de la Somme
Les Menus Plaisirs du roi
Découvrez un corpus original dans le moteur de recherches "Collections" et issu principalement de la base Archim
Cours de paléographie en ligne
Ce n'est pas tout d'avoir accès aux documents numérisés en ligne, encore faut-il pouvoir déchiffrer les écritures anciennes.











