Une expérience remarquable d'archéologie sous-marine : les fouilles de la Natière. Entretien avec Elisabeth Veyrat et Michel L'Hour
Les patientes recherches de l’équipe d’archéologues dirigée par Michel L’Hour et Elisabeth Veyrat du Drassm ont permis de retrouver la mémoire de deux frégates corsaires la Dauphine et L’Aimable Grenot englouties depuis trois siècles non loin de Saint-Malo sur les écueils de la Natière. Le site Internet, mis en ligne à l’occasion des journées européennes du patrimoine, dévoile les résultats de cette recherche. nous vous proposons un entretien avec les deux responsables de la fouille sous-marine.
Pour quelles raisons l’étude des épaves de la Natière marque-t-elle un tournant ?
Elisabeth Veyrat : Le site de la Natière s’est
imposé comme un site de référence parce que ses difficiles
conditions de plongée comme la richesse et l’ampleur du site
ont conduit à l’élaboration de nouvelles méthodes de fouille.
Cela a entraîné aussi à une réflexion renouvelée sur le métier et
sur les pratiques de fouille en donnant un coup
d’accélérateur à la recherche archéologique sous-marine
française.
Ainsi, en dépit d’un environnement complexe, nous avons
travaillé par équipe de 6 à 10 plongeurs œuvrant
simultanément, au lieu de deux ou trois habituellement. Un nouveau
type de carroyage rigide, équipé de repérages centimétriques
spécifiques, a été conçu, autorisant la localisation rapide
des objets en X, Y et Z et permettant aux plongeurs d’y
prendre appui, facteur particulièrement important dans la baie de
Saint-Malo qui est connue pour ses courants violents.
Pour prélever les objets, nous avons imposé l’usage, qui
s’est généralisé depuis, de bandes de contention crêpée de
type “Velpeau”, car elles protègent des chocs et
maintiennent l’humidité avant l’intervention de
l’équipe de conservation préventive basée à terre.
L’inventaire des 3000 objets et fragments significatifs mis
au jour a pris d’emblée en compte leur fonction historique à
bord et les mesures selon lesquelles ont été façonnés les objets.
Ainsi, noter la circonférence, au lieu du diamètre, d’un cap
de mouton et convertir le chiffre obtenu en pieds et pouces permet
d’identifier plus rapidement et plus sûrement le contexte
socio-économique ou fonctionnel de l’objet. La constitution
d’un glossaire a d’autre part enrichi notre
connaissance de la culture matérielle de la première moitié du
XVIIIe siècle et constitue désormais un document de
référence.
En quoi ce chantier est-il exemplaire ?
Elisabeth Veyrat et Michel L'Hour : Exemplaire, le
chantier l’a été à différents titres.
- Chantier école : malgré la difficulté du chantier, nous avons tenu à accueillir et à former une nouvelle génération d’archéologues sous-marins en intégrant en permanence au sein de l’équipe de fouille deux stagiaires encadrés par une vingtaine d’archéologues aux pieds palmés. Au total ; près de 300 professionnels et étudiants venus de plus de vingt pays sont passés par la Natière. L’émulation scientifique et le dynamisme de l’équipe tout comme le haut niveau d’exigence professionnelle de chacun de ses membres ont facilité l’assimilation rapide des nouveaux arrivants et concourru à imposer la Natière comme un « pôle de compétence » reconnu comme tel dans le monde entier.
- Projet fédérateur : des financeurs institutionnels (ministère de la Culture et de la Communication, conseil régional de Bretagne, conseil général d’Ille-et-Vilaine, ville de Saint-Malo) ont apporté un soutien sans faille à l’étude des épaves de la Natière pendant dix ans. À l’échelle régionale, le projet a agi comme une étincelle. Il a ainsi dynamisé les intiatives liées au monde de la mer jusqu’à contribuer à l’emergence de l’actuel projet de création d’un grand musée maritime à Saint-Malo.
Vous avez toujours attaché une grande importance à la
restitution des recherches au public…
Michel L'Hour : Dès le début du projet, la restitution des
données de fouille au public est apparue comme une évidence, comme
un devoir de la part de chercheurs de service public. La
valorisation de la recherche a pris de multiples formes : la
publication annuelle des rapports de fouille, l’organisation
de journées portes ouvertes, l’accueil de groupes de
plongeurs pour des visites des épaves in situ, des contacts
réguliers avec les médias locaux et nationaux, les échanges avec
les chercheurs étrangers… La confrontation avec le public,
souvent formé de passionnés, a toujours été animée d’un souci
exigeant de clarté et de qualité du discours. Le site Internet qui
vient de voir le jour constitue une nouvelle étape dans ce
processus. Il va donner une dimension nouvelle au travail accompli
sur le terrain en touchant un public encore plus large.
Peut-on parler d’un après et d’un avant Natière
?
Michel L'Hour : Si l’on observe
l’histoire de l’archéologie sous-marine française, les
recherches menées aux pieds des roches de la Natière marquent
objectivement une étape importante et ce à différents niveaux : le
budget important accordé à ce type d’étude,
l’élaboration de nouvelles méthodes de travail,
l’intérêt porté à la diffusion et à la médiation de la
recherche ainsi que la formation des archéologues plongeurs. Bien
entendu des critiques sont toujours possibles, elles seraient
légitimes, mais le sentiment partagé par l’ensemble de
l’équipe est d’avoir contribué à faire avancer les
choses. La Natière est la première grande fouille a avoir
véritablement conjugué dans le même temps protection, étude et
valorisation du patrimoine. L’exemple de la Natière a
d’ailleurs essaimé au-delà des rivages de l’Atlantique.
Nous sommes heureux de voir que d’autres équipes se sont
ainsi inspirées de notre démarche et sont en train de porter encore
plus loin l’expérience d'ouverture vers les publics. En
France je songe notamment à l’équipe aujourd’hui en
charge de l’étude de l’épave Arles Rhône 3.
Extrait de Séquence n°397 du 9 septembre 2010
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