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Okimono. Kannon-bosatsu protégée par un dragon. Époque Edo, XIXe siècle. Ivoire sculpté et gravé. Musée Guimet, Paris

© RMN © Thierry Ollivier

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L'honneur retrouvé de l'ivoire

A Dieppe, longtemps haut-lieu de l’ivoirerie, la croisade s’intensifie. Avec un nouveau partenaire : le musée Guimet, qui prête au Château-Musée 70 purs chefs d’oeuvre de l’art asiatique. Une exposition qui dure jusqu'au 30 septembre.

 

Le retour de l’ivoire. Pierre Ickowicz, conservateur en chef du Château- Musée a l’esprit de croisade des grands armateurs dieppois. « Je me suis juré de développer l’ivoire en arrivant ici, en 1998 », confie-t-il. Car si ce riche musée ouvert à 360° « assume merveilleusement son encyclopédisme », il est surtout couru pour son immense collection d’ivoires : 2 000 à ce jour. C’est la référence européenne pour l’ivoirerie post-médiévale. Comment tenir son rang quand, dans les années 1980 et 90, suite à la convention de Washington, les musées se mettent à ranger leur ivoire ? Pierre Ickowicz a « plusieurs cordes pour tirer ». Il achète. Une grande Vierge au voeu (sculptée en mémoire de la peste de Rouen) lui est signalée trois jours avant la vente (2005). Il a « ses gens » : « des collectionneurs qui suivent le marché pour nous, pistent les pièces, s’effacent en notre faveur ». Une locomotive de la collection Marc
Seguin (2008) : « On va l’utiliser comme moyen de communication, à la manière du petit train d’Interlude, mais avec un psaume de Saint Saëns ou un autre best-seller ». Doucement, grâce aux expositions et au travail en réseau des conservateurs européens, l’intérêt pour l’ivoire revient. « Un mécène allemand de Dresde va nous permettre de restaurer nos ivoires, à la rentrée ». En 2005, commence un cycle de grands partenariats. Le musée du Louvre prête au Château-Musée 75 objets représentatifs de quatre
siècles d’ivoire européen moderne (XIVe au XVIIe). Une première exposition, deux petites salles, un seul conservateur.

« Ouvrir le regard vers l’Asie ». Avec l’exposition d’aujourd’hui, « 30 siècles d’ivoires du musée des arts asiatiques Guimet », on change de format : 70 objets, 7 conservateurs spécialisés, 24
vitrines. On décolle de la collection dieppoise (représentée par une sélection de 26 ivoires) pour la faire dialoguer avec des objets millénaires des confins de l’Asie. Des objets merveilleusement conservés qui chacun, du grand Palanquin – pièce pilier exposée pour la première fois – à la petite « Souris sortant d’un
oreiller », raconte une civilisation d’équilibre, un savoir-faire éblouissant, un matériau noble et respecté. « La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre ». Dans cette ville aujourd’hui axée sur l’Atlantique, siège en 1626 de la première compagnie du Sénégal, ils avaient tout simplement « oublié de regarder vers l’Afrique ». L’exposition, « un projet mûri depuis dix ans », est elle-même une expédition au long cours. Elle s’amorce à l’automne 2010. Démarre concrètement en septembre avec l’arrivée du nouveau directeur de Guimet. Le 22 mars 2012 arrête la stratégie avec le conseil scientifique du musée Guimet tout entier. S'emballe en mai 2012 lors d'une grande visite d'une demi-journée à Guimet. En juin, pour pouvoir exposer un précieux sceptre tibétain originaire du Toit du Monde, Pierre Ickowicz décide de raccourcir son exposition. Le 14 juin, avant-veille de l'inauguration, suprême honneur : 3 des 7 conservateurs de Guimet viennent commenter amoureusement leurs trésors. Dieppe, qui défend si vaillamment l'honneur de l'Ivoire, le méritait bien.

« 30 siècles d'ivoires du musée des arts asiatiques Guimet »
Au musée-château de Dieppe
Jusqu'au 30 septembre

 

Publié dans le magazine Culture Communication numéro 203
Rédigé par Pauline Décot

 

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