© © François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques
Architecture & patrimoine
L'église Saint-Didier d'Asfeld, à nouveau ouverte au public après sa restauration
Après deux campagnes de restaurations menées entre 1994 et 2001, qui concernaient la couverture et la charpente, l'église Saint-Didier d'Asfeld a fait l'objet d'une importante campagne de rénovation de l'intérieur et des décorations. A l'issue de 18 mois de travaux, l'église, inaugurée le 16 janvier 2010, est à nouveau ouverte au public
Des fresques polychromes de la fin du XIXe siècle, qui avaient disparu depuis les années 1970 sous un badigeon blanc, ont été mises au jour.
D'un montant de 790 000€, les travaux ont été pris en charge par l'Etat - Direction régionale des affaires culturelles de Champagne-Ardenne à hauteur de 40%, le conseil général des Ardennes, le conseil régional de Champagne-Ardenne et la Ville d'Asfeld.
L'église est ouverte tous les jours de 8h à 19h.
Une architecture baroque atypique
Achevée en 1685 et commencée en 1680, Saint-Didier, monument baroque, est l’une des églises les plus insolites de Champagne-Ardenne et même de France.
On la doit à l'initiative de Jean-Jacques de Mesmes, président à mortier du parlement de Paris, comte et seigneur d'Avaux (nom d'Asfeld à cette époque) et grand érudit.
Construite selon un plan centré, elle est formée d’une rotonde et d’un vestibule-porche-clocher, qui est la partie la plus singulière de l’édifice.
L’ensemble est remarquable par ses formes curvilignes, particulièrement la partie principale d’un dessin très étudié, avec son architrave s’incurvant dans le sens inverse des murs des chapelles.
La rotonde, à l’Est, évoque l’exemple du panthéon de Rome. A l’intérieur, elle s’ouvre sur des chapelles régulièrement réparties et desservies par une petite galerie à mi-hauteur. L’antiquité est encore présente à travers les colonades extérieures au Nord et au Sud, surmontées de niches « à la romaine ».
Autre particularité, l’édifice est en brique, cas unique dans la région.
Un choix qui pourrait s’expliquer soit par la rareté locale de la pierre, mais toutes les églises de Champagne-Ardenne ont été confrontées au même problème, soit par une recherche d’originalité, on serait allé chercher un modèle extérieur à la région, ou tout simplement par un souci de rapidité, ce matériaux pouvant être confectionné sur place. Cet emploi de briques, sur la presque totalité du monument, facilite les superpositions complexes et le jeu des lignes courbes.
Si, dans ses écrits, au début du XXe siècle, Henri Jadart précise que l’édifice a été construit par un dominicain de Maastricht le frère François Romain et par M Fleury, architecte, il semble difficile de ne par voir l’intervention d’un grand architecte, à leur côté.
Travaux réalisés : Restauration des intérieurs
Juillet 2008/décembre 2009
Pendant l’étude menée, en 2001, sur le bâtiment, par l'architecte en chef, il avait été mis en évidence la présence de décors peints, des chapelles orientales, sous les badigeons posés en 1973. Le parti pris retenu a été de dégager et de restaurer ces décors.
- réparation des enduits sur maçonneries
- consolidation et renforcement des platebandes cintrées au niveau des chapelles
- restauration des enduits plâtres sur parois verticales et les voûtes
dégagement et restauration des décors peints des chapelles orientales
- mise en peinture des chapelles occidentales
- réalisation d'une peinture de propreté dans les fonds de chapelle, galeries, coursives et tribunes.
- Restauration de la lustrerie
- Enfin, les travaux de restauration des peintures ont été mis à profit pour faire la mise aux normes électriques et surtout la mise en lumière de l'intérieur de l'édifice.
Les restaurations de l'édifice de 1918 à 2001
D'octobre 1998 à mai 2001 - Architecte Lionel Dubois - coût global de 795 151 € TTC
Restauration de l’ensemble des couvertures du chœur et de la nef : nef, rotonde, grandes et petites chapelles, absidioles, en ardoises de type Angers.
Consolidation de la charpente en bois du dôme et reprise de la structure en acier mise en place dans les années 1970.
Reprise de charpente de la nef avec tirants métalliques pour triangulation des fermes.
Modification des charpentes des chapelles du chœur : des chevrons ont été transformés en demi - fermes afin de mieux être fixés dans le mur ; le reste des chevrons est fixé sur des linçoirs.
Consolidation des maçonneries par injection et rejointoiement. Reprise des parements des soubassements.
Nettoyage et entretien des 5 baies en vitrail n°0.
- 1992-1995 : Restauration des couvertures, maçonnerie et charpente de la partie occidentale jusqu'au clocher. Consolidation des fondations du porche.
- 1973 : Travaux de peinture â l'intérieur de l'église, peinture et badigeonnage en blanc de l'ensemble.
- 1969-1974 : Etaiements et consolidation de la charpente du chœur.
- 1966-1967 : Achèvement des réparations des dommages de guerre (maçonnerie, charpente, couverture).
- 1960 : Réfection du plafond du porche en plâtre mouluré, du dallage du porche et de la nef. Réfection de la couverture du porche elliptique en ardoises. Réfection de la porte de la nef, des abats-sons du clocher.
- Après 1914-1918 : Mise hors d'eau, parties hautes rejointoyées partiellement, briques effritées par les intempéries. Consolidation.
Historique de l'édifice
- 1671 : Jean-Jacques III de Mesmes achète, pour compléter le comté d'Avaux, le fief d'Ecry dévasté par les guerres successives dont la principale ville deviendra Avaux-la-ville.
- 1680 : L'église de la paroisse d'Avaux-la-ville est en mauvais état. La construction d'une nouvelle église est décidée par Jean-Jacques de Mesmes, Conseiller d'Etat, comte d'Avaux. Elle s'inscrit dans un plan d'ensemble aux abords du château.
- 1680 : Il confie au maçon Jean Despère la démolition de l'ancienne église et la construction de la nouvelle selon les plans de M. Fleury et du frère François Romaine.
- 1681 : Début des travaux de construction de l'église. Le budget initial est de neuf mille livres.
- 15 juin 1685 : Bénédiction de l'édifice. Il a finalement coûté vingt quatre milles livres et est simplifié par rapport au projet initial.
- 1728 : Le domaine du comte d'Avaux est démembré, le village d'Ecry prend le nom d'Asfeld du nom du baron d'Asfeld qui l'acquiert.
- 1733 : L'église est réparée, reprises des charpentes, des couvertures et des tribunes du chœur.
- 1793 : Le château d'Asfeld est détruit.
- 1866-1869 : Amples travaux de réfection à l'initiative du chanoine Lamorlette, curé d'Asfeld. La colonnade est en partie reconstruite. Modification de la toiture de la nef et du porche par l'architecte Reimbeau, le brisis est remplacé par des dômes. Des verrières sont ajoutées ou agrandies dans le chœur.