© © Daniel Bardou
Musique & concert
Daniel Colling, 35 ans de passion avec le Printemps de Bourges
Avec Alain Meilland et Maurice Frot, Daniel Colling est à l'origine de la création du Printemps de Bourges en 1977. Egalement propriétaire des Zénith de Nantes et Paris, l’entrepreneur de spectacles assure encore aujourd’hui la direction du festival berruyer qui se tient du 24 au 29 avril. Entretien avec le maître de cérémonie.
« Le Printemps de Bourges doit devenir, pour tous ceux qui s’intéressent à la chanson, un lieu de création, d’expression et de confrontation sur la chanson d’aujourd’hui. » Cette phrase fondatrice des débuts s’applique-t-elle encore aujourd’hui ?
Daniel Colling : Le Printemps de Bourges est l’un des rares festivals à proposer chaque année au moins une création. Avec plus de 500 artistes ou groupes présentés (dont 350 gratuitement), il donne par définition priorité à l’expression, qui plus est très diversifiée, entre artistes français et internationaux. Quant à la chanson, expression prédominante en France dans les années 70, elle a été élargie à toutes les expressions de musiques dites actuelles qui englobent aussi bien la chanson que le rock, le hip hop et la musique électronique en phase avec les attentes d’un public jeune qui n’était pas né à la création du Printemps de Bourges en 1977.
Vous dites que votre plus beau souvenir est le concert de Johnny Clegg, « un véritable moment d’émotion collective ». Offrir en plus de la musique, de véritables moments d’émotion collective, est-ce un des objectifs du Printemps de Bourges ?
D.C : Le spectacle vivant est par définition une relation collective avec un artiste ou un groupe. Le privilège de la scène ! Le spectacle de Johnny Clegg fut effectivement emblématique d’une forte et belle relation émotionnelle entre l’artiste et 20 000 personnes… Un moment indélébile pour ceux qui l’ont vécu !
Vous avez déclaré que « vivre un festival est un gros acte social ». Que vouliez-vous dire ?
D.C : Dans la musique populaire, un concert est un acte social au sens où l’artiste, le groupe souvent « sujet d’identification » réunissent des personnes qui se ressemblent et éprouvent le plaisir d’être ensemble. Un festival, pour autant qu’il se définisse une identité artistique, est un rassemblement de multiples actes sociaux où tous les codes sont fortement représentés.
Mêler sur scène Juliette Gréco et Abd el Malik ou platines et guitares lors de la Rock’n’beat Party : ce métissage des cultures musicales est-il une ambition majeure du festival ?
D.C : Majeure peut-être pas. Importante certainement. Faire côtoyer sur scène deux artistes de génération différente permet la richesse de la transmission à travers le temps. La musique n’a pas de frontière liée à l’âge des artistes. À l’heure de la 36e édition, le festival est désormais plus âgé que son public ciblé, les 18-30 ans. Comment la manifestation a t-elle su rester jeune ? D.C : C’est le résultat d’une véritable volonté. L’exercice a consisté à respecter l’identité première du festival, de toujours faire place en priorité aux nouveaux artistes, aux nouvelles expressions ayant pour conséquence évidente un glissement de public…
Pour cette année 2012, vous parlez d’« un Printemps qui, comme d’habitude, change et innove… » De quelle manière ?
D.C : Il change chaque année l’offre artistique (la programmation) à 95% dans sa forme en y incluant des nouveaux lieux atypiques tels le Salon d’Honneur qui accueille des spectacles plus intimistes. De plus, 2012 est résolument très artistique et très équilibré dans les expressions qui recouvrent l’identité du Printemps.
Quels sont les événements immanquables de cette année ?
D.C : La création en hommage à Lhasa, Charlie Watson, Orelsan , C2C, Django Django, King Charles, Erol Alkan, Gesaffelstein, The Minutes…..Et la programmation au Salon d’Honneur.
Comment avez-vous conçu la programmation du Printemps de Bourges 2012 ?
D.C : Le Printemps de Bourges a tenu compte des nouveautés, en repérant les jeunes talents et en construisant des plateaux qui réunissent aussi bien des artistes confirmés que des artistes en phase de développement. C’est le gage de l’avenir du festival.
Vous recevez plus de trois mille cinq cents candidatures pour les Découvertes du Printemps de Bourges… Comment parvenez-vous à faire une sélection ?
D.C : C’est un travail qui repose sur 29 antennes régionales et internationales (Suisse, Belgique et Québec). Les inscriptions sont traitées par chaque antenne qui réunit un jury permettant de sélectionner les 6/8 groupes de leur égion. Ces pré-sélectionnés sont mis sur scène (auditions régionales) devant le même jury incluant un des 5 conseillers artistiques employés par Réseau Printemps. Les artistes sont tous filmés et leur captation sera l’outil de travail qui aidera le jury national réuni pendant 2 semaines à Paris à faire le choix des 32 participants.
À l’heure où Internet semble être devenu l’agora idéale des jeunes artistes, ont-ils encore besoin de la scène pour se faire connaître ?
D.C : La diffusion des musiques enregistrées (le disque, la radio, la télévision hier, le net aujourd’hui) n’a jamais empêché le désir de découvrir un artiste sur scène ou en festival – au contraire - !
Le Printemps de Bourges a lieu entre les deux tours et l’exposition « Un Printemps électoral » proposera une rétrospective visuelle et sonore autour des programmations du festival à chaque élection, de 1981 à 2012. Y a-t-il une ambiance différente lors de ces années-là ?
D.C : Oui et non. La programmation a été établie indépendamment de l’année électorale. L’ambiance électorale touche peu le public du Printemps de Bourges qui vient avant tout vivre des concerts, partager des émotions. Elle concerne davantage les médias et les professionnels présents.
Pourquoi la crise de l’industrie du disque ne semble pas réfréner l’attractivité du festival ?
D.C : On a longtemps cru que la fréquentation des concerts et des festivals n’était que la conséquence de la promotion et la diffusion du disque -la preuve que non-. En revanche, la découverte d’artistes, ou de groupes s’effectue de plus en plus par le net. Il convient de ne pas confondre la crise du disque avec la musique enregistrée dont la diffusion s’effectue aujourd’hui autrement et contribue à la poursuite et la fréquentation des festivals.
Printemps de Bourges
Du 24 au 29 avril