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Musée & expo
Des délices et des délires au Festival des jardins de Chaumont
Un grain de folie pousse dans le domaine du château de Chaumont-sur-Loire jusqu'au 21 octobre. Le Festival des jardins de Chaumont invite pour sa 21e édition à découvrir une trentaine de jardins sur le thème des délires et des délices.
Jardins des délices, jardins des délires. Le nouveau thème choisi par le Festival des jardins installé dans le domaine de Chaumont-sur-Loire a de quoi faire rêver. Les délices et les délires ont inspiré 300 architectes paysagistes. De la sélection du jury présidé par le chef cuisinier Alain Passard, il en ressort une trentaine de jardins des plus fantaisistes. Aperçu de ces coins de nature délirants ou délicieux, où l'élite des paysagistes a planté avec plaisir un grain de folie.
Arabesques de cosmos. Alors qu'à l'horizon, se dessine la Loire qui coule en contrebas du Château de Chaumont-sur-Loire, accolées au flanc du monument, de curieuses lianes végétales sortent de terre. Ce sont les Sylphes de Jean-Philippe Poirée-Ville, que l'architecte paysagiste définit comme de « grands serpents fleuris ». Techniquement ce sont des tuyaux recouverts de mousse arrosée par un goutte à goutte permanent sur laquelle va pousser des cosmos, des graminées, des lys et des nigelles. « Les fleurs pourront monter jusqu'à 1 mètre de hauteur... » confie l'artiste.
Sucreries et gourmandise. Le premier jardin parmi les sélectionnés du Festival porte le nom charmant de Coulisses d'un festin. Tout y est comestible et on y fait la part belle au potager. Les fruits et légumes y sont gardés par des batraciens en plâtre installés dans des bocaux remplis d'un liquide transparent aux couleurs pétantes et sucrées : jaune, rose, rouge, vert, bleu... Un arbre héberge les recettes des visiteurs, recettes de cuisine ou recettes personnelles du bonheur... Tout invite à la lecture et à la flânerie dans ce lieu rafraichissant où semblent cachés nombre de secrets délicieux.
Dans un visage végétal. Le visiteur va être étonné par le jardin nommé Le Potager. Au milieu des arbres, des légumes et des sphères végétales brumisées, le visiteur ne devine pas tout de suite que se cache dans la verdure, un tableau du peintre Arcimboldo. En se dirigeant vers le fond du jardin, un dispositif laisse entrevoir par un trou l'architecture du jardin sous la forme d'un visage avec des yeux représentés par des globes de verre contenant un pot de fraises, des sourcils et des lèvres en métal, une joue en olivier... Une véritable sculpture de végétaux.
Au coeur de la tentation. Pénétrez ensuite dans le Paradis terrestre, ce jardin frais aux mares habitées par de vraies grenouilles qui coassent, et surmontées de plantes en fer au coeur rouge un brin oriental. La promenade au sein de ce paradis sur terre invite à la paresse. Une balancelle recouverte de mousse des bois n'attend que le visiteur pour se balancer lentement à l'ombre, en admirant ce paradis retrouvé.
En cage. Parti de l'envie de porter un regard critique sur la société de consommation, le jardin appelé Lêche-vitrine met en scène une cage métallique au centre d'une mare entourée d'un amphithéâtre de végétation rouge comme le désir. Il s'agit ici de tenter et de frustrer le visiteur qui ne peut qu'admirer le jardin de loin, sans l'approcher ni même le toucher. « C'est un jardin qui s'observe » explique l'un des concepteurs Benjamin Jardel.
Délire où nous mènes-tu ? Le jardin Sens dessus dessous porte quant à lui la réflexion sur le délire et ses différentes phases. Entrée dans une cabane en bois peinte en noir et munies de plusieurs portes dont une seule ouvre sur le jardin. Bruits de portes qui grincent, son d'un pouls qui bat fort, l'angoisse est là bien représentée. Une fois la bonne porte découverte, le jardin s'ouvre à nous dans des couleurs éclatantes et joyeuses avec des plantes gigantesques rouges et jaunes composées pour l'occasion. Il s'agit après la déambulation bucolique de prendre de la hauteur grâce à une terrasse. De quoi voir le jardin sous différents angles de vue. Sortie par la sombre cabane obligée !
La tête à l'envers. Autre expérience renversante et non dénuée de sens : le jardin En vert . Au milieu d'une végétation abondante et presque luxuriante, des échelles plantées vers le ciel portent des hommes à l'envers, tête cachée dans la végétation... Une petite télévision au contour rouillé invite à regarder à l'envers cette scène et à retrouver une vision plus aérienne et plus paradisiaque de l'homme sur Terre. Pour mieux voir le monde, peut être faut il rétablir son image en le prenant à l'endroit.
Dans le jardin d'Aladin. Etape rafraichissante à l'extrême, le jardin Locus genii évoque le monde d'Aladin et de sa lampe, au sein d'une atmosphère très andalouse. Céramiques gaiement colorées au sol, porte ajourée d'un palais arabe à l'entrée, parcouru de minuscules filets d'eau, lampes sur pied d'où s'échappent des fumées voire des génies qui sait ? Tout cela devant un décor naturel proposé par la vue sur la Loire en contrebas. Un délice...
Sur la Lune. Jardin pédagogique et qui aiguise la curiosité, le Calendrier des 7 lunes prend la forme d'un cadran lunaire qui dévoile chaque semaine de nouveaux cabinets de curiosité. Ils abritent des plantes ou des graines parmi les plus insolites qui existent sur terre. Graines de diable ou coco-fesses, plantes inventées, le site web du jardin propose de découvrir les plantes parmi ces curiosités qui sont de réelles inventions.
Difficile après cette promenade de distinguer le réel de l'irréel, la graine du grain de folie !
Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire
Du 25 avril au 21 octobre 2012