© © Pierre Bourdieu / Fondation Pierre Bourdieu, Saint-Gall.
Musée & expo
Bourdieu photographe
A l’occasion du 50e anniversaire des accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie, le musée du Jeu de Paume expose, hors les murs au Château de Tours, jusqu’au 4 novembre, « Images d’Algérie, une affinité élective », des photographies de Pierre Bourdieu prises dans l’ancienne colonie de 1958 à 1961.
Situation. Fait peu connu, ce sont ses séjours dans ce pays secoué par la guerre qui affirment sa vocation de sociologue. Bourdieu (1930-2002) découvre l’Algérie en 1955 lors de son service militaire, alors qu’il est tout juste agrégé de philosophie. En 1956, il est affecté au service de documentation du gouvernement général à Alger, puis de 1957 à 1961, il enseigne la philosophie et la sociologie
à la faculté des lettres. Autodidacte, il développe une approche du monde social à hauteur d’homme. Il réalise des travaux d’ethnologie qui donnent lieu à la publication de livres, notamment Sociologie de l’Algérie (1958).
Enquête. Bourdieu utilise la photographie comme support à ses enquêtes sur la violente transformation du monde rural. Il veut comprendre la colonisation et les regroupements de population opérés par le pouvoir français. Entouré d’étudiants, parmi lesquels Abdelmalek Sayad qui lui sert d’interprète et le conseille, Bourdieu multiplie les entretiens, les observations et les photos. La photographie représente pour lui la « manifestation de la distance de l’observateur qui enregistre et n’oublie pas qu’il enregistre », elle convient parfaitement à la « théorie pratique », « une façon d’essayer d’affronter le choc d’une réalité écrasante ».
Témoignage. D’Alger à la Kabylie, il capte une Algérie en pleine mutation. Après un demi-siècle, ses photographies ont une formidable valeur de témoignage. Son regard scientifique n’est pas dénué d’un sens esthétique aigu, ni de portée critique. Ses photos de paysans déracinés, de femmes voilées, de la ville, des champs, des centres de regroupement, de la misère au soleil, sont saisissantes de force et de beauté.
« Images d’Algérie, une affinité élective »
Au Château de Tours
Jusqu'au 4 novembre
Article publié dans le magazine CultureCommunication numéro 203
Rédigé par Astrid Avédissian