© © The estate of Erwin Blumenfeld, Collection Henry et Yorick Blumenfeld
Musée & expo
Blumenfeld au musée Niepce : la contrainte et le plaisir
Entre « presse », « art » et « publicité », comment travaillait Erwin Blumenfeld ? Après une restauration exemplaire de ses tirages, le musée Nicéphore Niepce, à Châlons-sur-Saöne, nous fait entrer, du 16 juin au 16 septembre, dans les coulisses de son studio.
L'objet est son sujet. Rouge à lèvres, robes, paires de bas, produits de beauté, cigarettes, escarpins, accessoires. En a-t-il toujours été ainsi ? Pendant sa jeunesse, marqué par Man Ray et le surréalisme, Erwin Blumenfeld (1897-1969) se représente avec une tête de boeuf façon Minotaure, réalise un violent portrait de Hitler en décomposition et se lance – déjà – dans la photographie de mode. En 1941, alors qu’il fuit la France occupée, il ouvre à New York un atelier de photographie à son nom : le Studio Blumenfeld. De 1941 à 1960, l’artiste va devenir le maître incontesté d’une photographie « commerciale » tournée vers la mise en avant du « produit ». Il travaille notamment pour deux titres majeurs de la presse magazine, Vogue et Harper’s Bazaar. Il passe d’une « expression personnelle » à la « commande ». Le début du purgatoire ? Au contraire.
Dopé par les contraintes commerciales, Erwin Blumenfeld va atteindre paradoxalement des sommets d’invention. La couleur est-elle une contrainte de plus ?
Fasciné par les possibilités de ce nouveau « langage », il va en faire une signature passionnante – intelligente, subtile, directe, percutante. Sans rien sacrifier de ses anciennes passions, il joue avec son stock d’images fétiches et se joue des formes. Jouer – le mot, semble-t-il, a été inventé pour désigner sa manière, rieuse et rigoureuse.
Les bouches, jambes, yeux, seins, pieds, fesses ne sont-ils, au même titre que les sacs à mains ou la poudre de maquillage, que la partie pour le tout ? A moins que ce soit l’inverse – la partie qui fait aimer le tout ? A voir cette exposition tourbillonnante, une chose est sûre : les objets de son désir sont autant de pièces à conviction. Celles-là même que le musée Niepce révèle – l’envers de ce fonds d'atelier photographique de mode et de publicité.
Studio Blumenfeld, New York, 1941-1960
Au Musée Nicéphore Niepce à Châlons-sur-Saône
Du 16 juin - 16 septembre 2012
Réalisé par Paul-Henri Doro pour le magazine Culturecommunication n°202