© Photo: Farida Bréchemier Tous droits réservés Monumenta 2011, ministère de la Culture et de la Communication.
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Le monumentalisme d' Anish Kapoor
A chaque édition, Monumenta propose à un artiste contemporain la Nef du Grand Palais à Paris pour y exposer une œuvre inédite et imposante spécialement créée pour l'occasion. Après Anselm Kieffer, Richard Serra et Christian Boltanski, Monumenta célèbrera Anish Kapoor du 11 mai au 23 juin 2011. Portrait.
Universel et intemporel. Né à Bombay dans une famille juive en 1954, le plasticien bouddhiste Anish Kapoor qui immigra en Angleterre à 18 ans, se considère avant tout comme un étranger sans appartenance. Ce citoyen universel étudie au Hornsey college of Art ainsi qu' à la Chelsea School of Art Design et devient rapidement un artiste reconnu. Sculpteur abstrait mais aussi populaire chez les critiques que le public, il remporte dès 1990 le Premio duemila à la Biennale de Venise avant d'être récompensé par le prestigieux Turner prize dès l'année suivante.
Fort de cette rapide consécration internationale, il n'a depuis cessé de produire d' immenses ouvrages, souvent monochromatiques aux formes simples et épurées à l'image de son célèbre Cloud gate, sculpture d'acier inoxydable réfléchissant de plus de 100 tonnes qui trône toujours au Millenium Park de Chicago. Le gigantesque Sky Mirror du Rockfeller center de New York sert également la même réflexion d' Anish Kapoor qui pense que l'immensité interrogeant la dualité entre vide et plénitude, visible et invisible, matériel et immatériel, nous transporte dans un espace d'intemporalité... Il désire ainsi que ses œuvres nous laissent dans une incertitude visuelle nous obligeant à une contemplation méditative. Il souhaite ralentir notre temps car il le voit comme la « vérité mystique de l'art ». Il apporte ainsi sa réponse à la phrase du vidéaste Bruce Nauman : « L' artiste révèle la profonde vérité mystique. ».
Quête artistique. Il ne cherche pas à s'exprimer comme nombre de ses homologues contemporains mais à amener le spectateur à s'exprimer. Il prétend lui-même n'avoir rien à dire! Estimant que sa raison d'être en tant qu' artiste est de découvrir l'impénétrable Vérité. Si cette réflexion personnelle peut donner le sentiment d'un raisonnement métaphysique pompeux ou d'une ambition démesurée, elle n'a probablement pour objectif que d'offrir une réflexion poétique élévatrice et parfois salvatrice aux spectateurs de ses sculptures.
Si ses œuvres sont souvent lumineuses, utilisant des matériaux brillants ou des couleurs intenses, Yves Klein semblant d'ailleurs être une source évidente d'inspiration, le plasticien est surtout un explorateur de l'obscurité intérieure... Depuis l'allégorie de la caverne de Platon, le monde occidental recherche le progrès dans la lumière, Anish Kapoor lui aux côtés de Freud, Dante et d'autres recherche la connaissance dans la pénombre, le caché, le secret... La plupart de ses œuvres ne sont pas rouges par hasard, symbolique couleur du sang, du mal refoulé, de la mort et des passions instinctives.
Heidegger disait que le potier, s'il forme la terre à ses désirs, sculpte avant tout le vide. Anish Kapoor agit de même. Il enferme le vide, il trouble notre regard et sa logique, nous fait lever les yeux sur l'immensité de ses sculptures et paradoxalement nous donne le vertige. Il ne cherche ni la complication, ni la composition des couleurs, il donne à voir et à réfléchir... Si dans le milieu de l'art contemporain, certains le qualifient avec un certain mépris d'architecte et non d'artiste, peu importe car Anish Kapoor est avant tout un poète.
En attendant le grand rendez-vous de Monumenta consacré à Anish Kapoor du 11 mai au 23 juin 2011, l'artiste est présent à la FIAC 2010, du 21 au 24 octobre à Paris.