© © Manuelle Gautrand Architecture
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LaM : un nouveau musée à la croisée de l'art moderne, de l'art contemporain et de l'art brut
Après quatre ans de travaux de rénovation et d’agrandissement, le Musée d'art moderne Lille Métropole à Villeneuve d‘Ascq, rebaptisé pour l'occasion LaM, rouvre ses portes le 25 septembre. Le musée présentera au public ses trois collections d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut. Visite guidée du lieu avec la directrice-conservatrice Sophie Lévy.
Le LaM. « Le musée a un côté décalé, modeste. On est de plain-pied avec les œuvres dans la lumière naturelle, avec un sentiment d’intimité qui constitue un des charmes de ce lieu », explique la directrice-conservatrice du LaM Sophie Lévy. Elle poursuit : « En forme de nœud papillon, le bâtiment d'origine en briques rouges, conçu par l’architecte Roland Simounet, s’allonge horizontalement dans le parc du musée ponctué de sculptures ». Le lieu évoque une déambulation qui serait comme un « travelling ».
Créé en 1983, le musée d’art moderne de Lille Métropole a bénéficié à l'origine d’une prestigieuse donation d'art moderne par les collectionneurs Jean et Geneviève Masurel. Par la suite, il s'est enrichi par acquisition d’une collection d’art contemporain, pour faire l'objet, un peu plus tard en 1999, d’une donation d’art brut par l’association L’Aracine. Cette dernière est donc à l’origine du projet d’extension du musée et de ces quatre années de travaux.
« La seule architecte à avoir proposé une solution en continuité avec le bâtiment de Simounet est Manuelle Gautrand », constate Sophie Lévy. « L'extension s’est glissée derrière le premier bâtiment, donnant l’impression qu'il n’a pas été touché ». Il faut en effet s’approcher pour découvrir cette extension en béton ajouré qui s’étend telle une main venant caresser la construction originelle. Comme le dit Manuelle Gautrand, « c'est l’ajout d’une séquence au travelling ! »
Art moderne. Une fois l’architecture du lieu décrite, la déambulation dans les salles peut commencer... Le LaM, c'est aujourd'hui 4 000 m2 de surface d’exposition pour 4 500 œuvres. Une toile emblématique accueille le visiteur à son entrée : le portrait de Roger Dutilleul, fondateur de la collection d’art moderne, réalisé par Modigliani. Une belle façon d'aborder la partie consacrée à l’art moderne. C'est comme si l’on entrait dans « une villa idéale du collectionneur », précise la directrice du musée.
« C’est une œuvre qui n’appartient pas encore au musée », explique-t-elle. « Dans ce tableau, on retrouve à la fois la psychologie de Dutilleul, notamment son rapport ironique au monde, et le style de Modigliani, en particulier la simplification des contours. Dutilleul a pausé pendant 5 heures, entouré de tableaux de Picasso pour que le goût qu’il avait pour le cubisme pénètre le portrait. »
Dans les salles suivantes, se succèdent des chefs-d’œuvre du cubisme, du fauvisme, du surréalisme : Georges Braque, Henri Laurens, Pablo Picasso, mais aussi Fernand Léger, Joan Miró, Amadeo Modigliani, Paul Klee, Alexandre Calder. Toutes mises en valeur par une lumière naturelle et une présentation épurée. On ne voit qu’elles.
Art contemporain. Les collections en art contemporain abritent quant à elles des œuvres de Daniel Buren, Allan Mc Collum, Annette Messager, Lewis Baltz ...
« L’œuvre d’Annette Messager « Faire des cartes de France », commente Sophie Lévy, a été acquise en 2006 lors de la fermeture du musée. Cette artiste s’est toujours intéressée à l’art brut. Il y a dans cette carte de France un caractère à la fois intime et dérangeant, la France étant représentée par des fragments de peluches d’enfant, disposés de manière aléatoire. C’est un retour pour l’artiste à l’enfance et sa cruauté. C’est aussi une représentation décalée du territoire national. Elle crée un univers qui fait le lien entre l’art contemporain et l’art brut. ». Ce lien qui est le fil conducteur du musée.
Le parcours se termine par la salle consacrée à L’Hourloupe, période artistique de Jean Dubuffet faisant le lien avec la collection d’art brut.
Avant d’accéder à ce troisième espace, le visiteur découvre l’exposition temporaire inaugurale « Habiter poétiquement », qui tente d'établir des passerelles entre l’art brut et l’art contemporain, « le but étant de faire une exposition qui explicite les enjeux du musée », indique Sophie Lévy.
Autour de cette exposition tout un programme de projections, performances, spectacles, ateliers, est prévu le week end de l'ouverture les 25 et 26 septembre, et proposé gratuitement au public.
Art brut. Revenons à l'art brut... Dans l’extension conçue par Manuelle Gautrand, on découvre une collection unique en France. Dans la « paume de la main », une salle introductive permet de se familiariser avec la variété de l'art brut. Dans les « cinq doigts », cinq thématiques : l’art des fous, les peintres spirites, les objets transitionnels, les habitants paysagistes, les machines folles. Avec des artistes comme Aloïse Corbaz, Augustin Lesage, Henry Darger, Adolf Wölfi…
Parmi les œuvres emblématiques de la collection, les Totems de Theo Wiesen que la directrice commente. « Ces sculptures en bois taillées et placées par l'artiste autour de sa maison en une forêt, montrent qu’il n’y a pas de séparation entre la vie personnelle et l’œuvre. Pour ces artistes, la maison, le quotidien sont envahis par leur créativité et leur pulsion à produire des objets rassurants. »
Le LaM est le seul musée au monde à associer art brut et art contemporain. Pourquoi cette combinaison ? En 1997, l’exposition de la collection de L’Aracine a été plus qu'un succès (72 000 visiteurs), un déclencheur... « L’art brut est une manière différente d’accéder à l’art moderne », dévoile la directrice. L'art brut créé par Jean Dubuffet en 1945, correspond « à un besoin des artistes de revenir aux origines de l’acte de créer ». Avec ce retour aux sources de la création artistique, le musée attend 200 000 visiteurs par an.
Réouverture du LaM (Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut)
A Villeneuve d'Ascq
A partir du 25 septembre
Week end d'ouverture gratuit le 25 et 26 septembre
La programmation à venir du LaM :
- La rétrospective Adolf Wölfli, un artiste majeur de l’art brut, menée avec le Kunst Museum de Berne, d’avril à juin 2011
- L’exposition sur André Lanskoy et la diaspora russe, de septembre 2011 à janvier 2012
- Une exposition internationale dans le cadre de Lille 3000 à l’automne 2012, sur la ville magique et la fascination de l’artiste pour la ville qui devient un personnage fantastique de la modernité.
Article publié dans le magazine Culture et communication numéro 184