Pixel - Mourad Merzouki © Agathe Poupeney

© Pixel - Mourad Merzouki © Agathe Poupeney

Théâtre - Danse

Suresnes cités danse, tremplin de la danse hip hop

Pionnier de la danse hip hop, le festival Suresnes cités danse propose de découvrir du 15 janvier au 8 février les talents, jeunes ou confirmés, de ce mouvement à l’énergie communicative. Olivier Meyer, directeur du Théâtre de Suresnes Jean Vilar et du festival, répond à nos questions sur cette 24e édition.

Quel rôle le festival Suresnes cités danse a-t-il joué et joue-t-il dans le développement de la danse hip hop en France ?
Olivier Meyer : Il y a 24 ans, la production et la diffusion du hip hop étaient quasi inexistantes en France. Ce que nous avons fait, au fil de toutes ces années, c’est d’abord d’accompagner l’émergence de danseurs et de chorégraphes de grand talent issus de ce mouvement. Nous avons aussi accompagné leur évolution : ce ne sont plus seulement des performeurs virtuoses et acrobatiques, mais des interprètes accomplis. Grâce à l’attention des institutions, une nouvelle génération de chorégraphes est ainsi arrivée à la direction de Centres chorégraphiques nationaux, comme Mourad Merzouki à Créteil ou Kader Attou à La Rochelle. Cela témoigne de l’incroyable chemin parcouru par cette danse.
Nous avons aussi contribué à ouvrir le champ artistique de cette danse en provoquant des rencontres avec des chorégraphes dits contemporains. Pendant des années, et nous continuons à le faire encore aujourd’hui, nous avons mis en relation des artistes tels que José Montalvo, Laura Scozzi, Blanca Li, Régis Obadia, Dominique Rebaud ou Pierre Rigal, avec des interprètes hip hop, ce qui a engendré d’autres formes de danse. A Suresnes cités danse, les danseurs de hip hop se sont ouverts à d’autres univers musicaux, ils ont dansé sur des musiques de Bach ou de Vivaldi. Ce type d’échanges a nourri par exemple les spectacles de José Montalvo, dont la toute première production avec des danseurs hip hop a d’ailleurs eu lieu à Suresnes.
Enfin, le festival a élargi l’audience et la diffusion des danses urbaines. Kader Attou, Mourad Merzouki touchent aujourd’hui un public énorme et un spectacle comme Pixel, de Mourad Merzouki, draine les foules. Je pense aussi à The Roots  de Kader Attou, ou à Barbe-Neige et les sept petits cochons au bois dormant  de Laura Scozzi, qui triomphe en ce moment au Théâtre du Rond Point. Le rayonnement du hip hop a considérablement augmenté, non seulement en France mais aussi à l’étranger et en 25-30 ans, sa progression a été fulgurante.
En conclusion, nous avons donné à voir le meilleur de la danse des cités et nous avons, en provoquant des rencontres, donné droit de cité à de nouvelles formes de danse. Les journalistes et les médias se sont fait l’écho de cette fantastique évolution artistique.

Cette 24e édition s’ouvre avec le spectacle Street Dance Club du chorégraphe Andrew Skeels et du musicien Antoine Hervé. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
O. M. : Ce spectacle est une commande et une production du Théâtre Jean Vilar, comme cela a été souvent le cas dans le festival. Quand j’ai programmé cette nouvelle édition, je voulais début 2015, après les terribles attentats, donner envie de continuer à vivre. Je me suis inspiré de ce qui s’est passé à New York dans ces années 1920-30, où la musique et la danse jazz ont eu leur place dans des endroits tels que le Cotton Club ou le Savoy Ballroom. C’était l’époque de Louis Armstrong, de la musique de noirs américains qui chantaient la vie et qui restent encore dans nos mémoires. J’ai demandé à un chorégraphe américain Andrew Skeels, installé au Canada, d’imaginer avec des danseurs de hip-hop une proposition nourrie de cet esprit, avec toute l’énergie et la nostalgie d’une époque révolue. J’ai également demandé à Antoine Hervé de composer la musique du spectacle. Antoine Hervé est un compositeur formidable, de jazz, de contemporain, et de classique. Il a dirigé l’Orchestre national de jazz, a été en résidence au Théâtre de Suresnes, où je l’ai rencontré et souvent invité, et a reçu de nombreux prix. Pour ce spectacle, il s’est inspiré de plusieurs compositeurs des années 20.
Nous ouvrons le festival Suresnes cités danse avec ce spectacle le 15 janvier au soir. L’idée est de communiquer l’énergie et l’émotion qui nourrissent ces musiques, et d’offrir au public le plaisir de danser qui caractérise les danseurs de hip-hop, comme c’était la marque des danseurs de jazz des années 20-30.

Que va découvrir le public avec le programme Cités danse connexions ?
O. M. : Ce programme permet d’accompagner de jeunes talents qui commencent à être repérés comme chorégraphes, ou qui s’y essaient pour la première fois. Le public va découvrir par exemple Jann Gallois, déjà remarquée dans ses précédents solos à Suresnes et qui va cette fois proposer un duo, et Nawal Lagraa, une danseuse qui s’est lancée dans la chorégraphie et a déjà été programmée à la Maison de la danse de Lyon. Il y a aussi une place pour les femmes dans le hip hop ! Progressivement, elles sont arrivées dans cette danse, au départ très masculine et marquée par le défi physique, et nous avons aussi aidé à leur émergence.

Depuis 1993, le festival a accueilli de grands noms du hip-hop comme le chorégraphe Mourad Merzouki qui présente, pour cette édition, Pixel. Que vous inspire ce spectacle ?
O. M. : Pixel a réussi à associer les arts dits numériques avec la danse hip-hop. C’est une interaction entre d’incroyables effets spéciaux visuels et la danse, celle-ci provoquant ceux-là. C’est la première fois que cette association est aussi bien maîtrisée et c’est un immense succès. Nous avions déjà programmé ce spectacle l’année dernière, et, cette année comme la précédente, toutes les représentations sont complètes depuis des mois !

Parmi les créations au programme, quels sont les autres temps forts du festival ?
O. M. : Il y a les Rencontres hip-hop, qui donnent à voir une danse des cités dans ce qu’elle fait de plus acrobatique et de plus énergique, avec deux groupes champions du monde : les Coréens de Morning of Owl, et les Français basés à Lyon des Pockemon Crew. Ces Rencontres sont un concentré d’énergie et de performance, deux qualités qui constituent l’ADN du hip hop.
Ensuite, il y a le Trio Amala – Junior – Sly, mis en scène par Mathilda May. Dans ce spectacle, le beatboxeur (une personne qui produit des sons avec sa seule voix enregistrée en boucle et en direct) Sly Johnson va accompagner deux danseurs hip hop très connus : Bboy Junior et Amala Dianor. Bboy Junior a transformé son handicap physique en une incroyable capacité de danser, au sol et sur les bras. Cette pièce est une belle promesse.
Enfin, nous accueillons la recréation d’un spectacle de la chorégraphe contemporaine Dominique Rebaud avec des danseurs de hip-hop,  Des mondes et des anges sur des poèmes de Rimbaud. Un spectacle qui ouvre, là encore, sur d’autres univers.

Infos pratiques

Suresnes cités danse
Du 15 janvier au 8 février 2016
Au Théâtre de Suresnes

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