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Théâtre - Danse
Elliot Jenicot : « dégaine rock'n'roll et âme de clown »
Nouveau pensionnaire de la Comédie-Française, Elliot Jenicot intègre la troupe de Molière avec ses qualités burlesques, sa « tronche » et son énergie. Il jouera cette saison Brecht et Beaumarchais. Nous l'avons rencontré.
Elliot Jenicot, c'est un peu le Lino Ventura de la Comédie-Française. Recruté dans la Maison de Molière pour sa « tronche » et, comme il dit, « son côté musclé et explosif », il n'a jamais joué au théâtre – encore moins des « textes classiques ». Son credo c'est plutôt le one man show et le music hall. « Je suis comique de métier, comédien burlesque et fan de rock, précise-t-il comme si cela allait de pair : ce que David Bowie ou Iggy POP est au rock et au théâtre, je le suis au théâtre et au rock ». Et, ce mélange lui donne un style « rockcomidélirium » qui lui est propre.
À la fois « clown » et « saltimbanque », le nouveau pensionnaire de la Comédie-Française se démarque par sa capacité à « inventer des mots, des attitudes, à partir dans des délires, à rire et à faire rire ». Son entrée au Français ne faisait pas vraiment partie de son « plan de carrière ». « Jamais je ne l'aurais pensé, ni même imaginé ». Pourtant, il s'y sent bien – finalement – avec « sa dégaine rock'n'roll et son âme de clown ». « La Comédie-Française possède déjà de grands comédiens, avec de belles voix, dit-il le dos droit, l'air grave, une main tendue vers le public imaginaire, l'autre posée sur le buste. Je n'ai pas été choisi pour ces critères-là, mais pour ma présence, mon énergie, la manière dont je joue avec ma gueule, ma voix ! » Si à l'avenir on lui demande de plaquer ses cheveux, il le fera, s'il doit jouer en queue de pie, aussi, « mais je garderai toujours au fond de moi, une âme de rockeur », assure-t-il. Ne vous en déplaise.
"je le vis comme un conte de fée"
« Cela va changer », pour la Comédie-Française et pour Elliot Jenicot, humoriste, soliste et acteur de matchs d'impro. En faisant ce choix, l'administratrice générale Muriel Mayette a ouvert davantage sa « palette de personnages ». Quel rôle Elliot Jenicot pourra-t-il y tenir ? Beaucoup, à l'entendre. « Je peux être à la fois violent, tendre et burlesque. J'aime, poursuit-il, la belle violence qui dégage quelque chose. » Son atout est un travail sur le corps, « sa danse ». Il espère grâce à elle apporter un plus à la troupe du Français, autant qu'elle lui en donne : l'esprit de troupe, un large éventail de rôles, ainsi que la possibilité de vieillir. « Le fait d'apprendre, d'évoluer dans des domaines qui m'étaient encore inconnus m'est aussi primordial. Ici, je peux me marquer, avoir les cheveux grisonnant, on s'en fout », parce qu'il y a un rôle pour tous les âges. Faire un show alors qu'on a plus de soixante ans, au contraire, risque d'avoir quelque chose de « vulgaire, voire choquant et cela m'ennuierait profondément. » Être pensionnaire à la Comédie-Française a donc quelque chose de rassurant et « d'extrêmement gratifiant ». « Il faut être fier de ça. Moi, je le vis comme un conte de fée : je suis Peter Pan qui s'en va rejoindre Wendy. » Et cette image lui va bien, habillé de vert, les cheveux ébouriffés et l'air « adulescent ».
La Comédie-Française est une aventure de plus à son palmarès, un défi qu'il entend bien relever. Bien sûr, il y a la crainte de décevoir mais il part « positif » : « je souhaite vivre quelque chose de riche et de pétillant… partager la scène avec d'autres, vivre l'esprit de la troupe ». En trois mois, il a quitté sa maison de campagne pour venir s'installer à Paris avec sa femme et sa fille. « Je suis un cowboy, et je quitte la terre pour le béton ». Pas facile. C'est même « assez dingue ! » « Mais parfois il vaut mieux ne pas trop réfléchir sinon on ne fait pas les choses. Ce qui est sûr c'est que je suis resté comme un idiot face à la proposition de Muriel Mayette. »
Dans La Noce de Brecht puis Le Mariage de Figaro de Beaumarchais
Déjà, petit, son rêve était de devenir une rock star. Il l'est un peu, d'une certaine manière. Aujourd'hui, la Comédie-Française semble venir dévier ses projets, quoique... Pourquoi la Maison de Molière ne pourrait-elle pas être aussi rock'n'roll ? Elliot Jenicot relève une évolution notable de l'institution, notamment depuis l'arrivée en fonction de Muriel Mayette. « Un fil à la patte, repris par Jérôme Deschamps, appartient par exemple au registre clownesque que j'affectionne. » « Molière, en son temps, était très populaire, il ne faisait pas du théâtre que pour Louis XIV ! Que le texte soit classique ou pas, finalement, on s'en fout : ce qui compte c'est qu'il y ait de la surprise, du rêve, un univers. » Sa « vie de saltimbanque » n'est d'ailleurs pas si éloignée de celle de Molière au regard du film d'Ariane Mnouckine.
« S'il y a des intellos dans la salle, désolé, y a rien pour vous », commence-t-il par annoncer dans J'me sens très glad !, un solo loufoque et bien trempé. Pourtant, à la Comédie-Française, il risque d'en croiser, des intellos. « C'est justement ce qui est drôle, dit-il. Certains aimeront mon jeu, d'autres non... et puis à moi de les séduire ! ». Cette saison, il sera un père « clownesque » et « absurde » sous la direction d'Isabel Osthues dans La Noce de Brecht (présenté au Théâtre du Vieux-Colombier du 16 novembre 2011 au 1er janvier 2012), puis Basile et double main dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais mis en scène par Christophe Rauck (reprise au Théâtre éphémère du 23 mars au 6 mai 2012). « Je n'ai pas fait d'école de théâtre. J'en suis ni gêné, ni désolé, c'est comme ça. » Il souhaite faire de cette soi-disant « lacune » un atout et devenir, si possible, « un bonus pour l'esprit de la troupe. Je mettrai tout en place pour l'être », dixit le comédien-catcheur « adulescent », un peu Peter Pan et rock star sur les planches.