© © Christophe Raynaud de Lage/Comédie-Française
Théâtre - Danse
Dans les coulisses du Théâtre éphémère de la Comédie-Française
A partir du 11 janvier 2012, la Comédie-Française s'installe, à quelques mètres de la Salle Richelieu fermée pour travaux, dans un Théâtre éphémère construit en bois, au milieu des jardins du Palais-Royal. Sophie Bourgeois, directrice du bâtiment, et Patrick Belaubre, secrétaire général, nous dévoilent les coulisses de ce lieu de spectacle innovant.
Un Théâtre éphémère au Palais Royal
La Comédie Française cherchait un nouveau lieu pour poursuivre son activité pendant cette période de travaux. Avec une "ruche de 400 personnes" et une alternance de plusieurs spectacles joués sur une même période,"délocaliser les ateliers et modifier le fonctionnement était très compliqué", explique la directrice du bâtiment, Sophie Bourgeois. Se souvenant que lors de précédents travaux en 1972, Pierre Dux avait demandé à son ami Jean Richard d’installer son chapiteau pour y faire jouer la troupe aux Tuileries, l'idée d'un lieu éphémère lui "trottait dans la tête". La solution n'était pas loin, puisque la Galerie d'Orléans située au cœur des jardins du Palais Royal, avait accueilli au 18e siècle, sous une verrière temporaire, des boutiques. En sous-sols, des caves construites à la même époque, s'avéraient encore utilisables aujourd'hui, créant un passage souterrain de la Comédie-Française à la Galerie. Cette solution de proximité, avantageuse pour la Comédie-Française et ses comédiens, l'est aussi pour le spectateur. "Le rendez-vous avec le public reste ainsi place Colette", précise Patrick Belaubre, secrétaire général de la Comédie-Française.
Des sous-sols de la Comédie Française au Théâtre éphémère
Pour mieux comprendre la géographie du lieu, Sophie Bourgeois nous emmène dans les sous-sols de la Comédie-Française pour rejoindre via les caves ce nouveau Théâtre. "C'est ce chemin, qu'emprunteront les comédiens et les techniciens pour rejoindre la scène", indique-t-elle. Comme les loges, les ateliers de costumes, de coiffure et de maquillage restent Salle Richelieu, les comédiens se rendront au Théâtre éphémère costumés.
"Toute notre technique est dans ces sous-sols", indique Sophie Bourgeois. "Il a suffi de prolonger dans ces caves les tuyaux de chaud et de froid ainsi que l'électricité jusqu'au Théâtre éphémère." Les sous-sols, d'une centaine de mètres, débouchent sur l'arrière scène, où peintres et ouvriers s'attellent dans une ambiance effervescente aux dernières finitions. A cet endroit, les comédiens disposent de loges de proximité pour les retouches, et les techniciens d’un espace de stockage pour les spectacles en cours.
Une scène identique à celle de la Salle Richelieu
Il suffit de pousser une porte et nous voilà sur le plateau, où les techniciens s'affairent à la préparation des décors. "La scène du Théâtre éphémère est construite à l'identique de celle de la Salle Richelieu : même aire de jeu, même pente à 4% et même cadre de scène en dimensions" explique Sophie Bourgeois. "C’était la contrainte de base. On peut ainsi jouer les mêmes spectacles qu'à Richelieu. La seule différence, c'est qu'on n'a ni dessous ni dessus de scène", poursuit-elle. "Un bureau d'études de structures en bois s'est pris au jeu pour trouver le système adapté au Palais Royal", raconte Sophie Bourgeois. "Il a conçu des panneaux de 11 mètres de hauteur, sur 3 mètres de largeur, avec 40 cm d'épaisseur. Tout a été fabriqué en amont en atelier, et livré pièce par pièce, à raison de 4 à 6 par jour. Cela fait 80 panneaux au total," se rappelle-t-elle.
Elle précise : "Le sol est d'origine. On n'a pas touché aux galeries, tout est auto-portant, on s'est juste appuyé sur le sol."
L'utilisation du bois permet une construction peu chère et rapide. Le Théâtre éphémère a été réalisé en 4 mois. "C'est très peu", indique la directrice du bâtiment de la Comédie-Française. "On réalise normalement un théâtre comme celui-ci en deux ans. Je suis allée dans le sens de l’exemplarité : faire des économies, rationaliser les budgets et essayer d'être éco-responsable."
Faîtes entrer le public !
C’est à l’opposé de la scène que se trouve l'accès du public. Juste à côté du ministère de la Culture. Les spectateurs entrent dans un élégant hall d'accueil rouge et blanc, donnant accès à la billetterie, au bar et à toutes les commodités nécessaires.
Pour se rendre dans la salle, le public passe sous les gradins en bois et découvre l'ampleur de l'édifice constitué de 5000 m3 d'épicéa. "Je souhaitais que les spectateurs entrent sous une forêt de poteaux, que la beauté du bois soit mise en valeur", indique la directrice du bâtiment de la Comédie-Française .
La salle propose 746 places sous la forme d'un amphithéâtre frontal. C'est un peu moins qu'à la Salle Richelieu, mais concernant la visibilité, "il n'y a que des bonnes places ici" affirme Sophie Bourgeois. D'autant plus que la directrice a travaillé également au confort des fauteuils. De couleur rouge, ils ont été dessinés spécifiquement pour ce nouveau lieu. Un passage de 60 cm entre les sièges a même été prévu. "Dans les théâtres, jamais vous n'avez de passage aussi large pour aller vous placer", précise-t-elle. Du côté du chauffage, tout est amené depuis la Comédie-Française. Au niveau de la sécurité et de l'isolation phonique, "aucun souci", grâce à l'épaisseur des murs et de l’isolation qu’ils contiennent. Pour gagner leurs places, les spectateurs arriveront par les parties basses ou utiliseront les escaliers pour rejoindre le fond de la salle. De là haut la visibilité est excellente. Il ne manque plus que la levée du rideau…
Place au spectacle
Avec 9 pièces jouées du 11 janvier au 22 juillet, la programmation du Théâtre éphémère s'annonce fournie. "Nous réalisons le même nombre de créations que d'habitude à la Salle Richelieu, et conservons l'alternance mais de manière allégée : trois spectacles tourneront en même temps contre 5 ou 6 d'habitude", explique Patrick Belaubre, secrétaire général de la Comédie-Française.
"On s'est dit quitte à faire du nouveau, inventons de grands projets. On va donc créer la Trilogie de la villégiature qui est un spectacle mythique de la Comédie-Française à l'époque où l'Odéon était la deuxième salle de la Comédie-Française, et qu'on n'a jamais pu faire à la Salle Richelieu,. Dans ce théâtre, avec cette alternance plus légère, nous allons pouvoir réaliser ce spectacle-fleuve." Seront aussi présentées plusieurs reprises et une autre création.
"La Comédie-Française a l'habitude de jouer hors les murs mais avec ce théâtre c'est une expérience totalement nouvelle", conclut-il. "Cela fait au moins 30 ans qu'on n’a pas vu surgir une salle de cette qualité-là dans Paris. J'espère que cela attirera un nouveau public et on va tout faire pour. Le public s'interroge sur le chauffage, le confort, … Quand il verra la qualité du lieu, je pense qu’il sera convaincu."
La programmation du Théâtre éphémère
- Du 11 janvier au 12 mars : La Trilogie de la villégiature - Carlo Goldoni, Alain Françon
- Du 21 janvier au 18 mars : La seule certitude que j'ai c'est d'être dans le doute - Pierre Desproges, Alain Lenglet, Marc Fayet
- Du 15 janvier au 24 avril : Le Malade imaginaire - Molière, Claude Stratz
- Du 23 mars au 6 mai : Le Mariage de Figaro - Beaumarchais, Christophe Rauck
- Du 28 avril au 14 juin: Une puce, épargnez là - Naomi Wallace, Anne-Laure Liégeois
- Du 9 mai au 17 juin : On ne badine pas avec l'amour - Musset, Yves Beaunesne
- Du 18 mai au 25 juin : Une histoire de la Comédie française - Muriel Mayette
- Du 26 juin au 22 juillet : Un fil à la patte - Feydeau, Jérôme Deschamps
- Du 1er au 16 juillet : Nos plus belles chansons, cabaret - Philippe Meyer – Julie Sicard
Le Théâtre éphémère en chiffres
- Salle de spectacle de 746 places
- 1600 m2
- 66 m de long sur 20 m de large
- réalisé avec 5000 m 3 de bois d'épicéa
- monté avec 80 panneaux de bois de 3 mètres de long sur 11 mètres de hauteur, et 40 cm d'épaisseur
Les travaux à la Comédie-Française
Ils portent sur le traitement de l'air de la Salle Richelieu et sont aussi l'occasion de refaire le dôme à l'extérieur et les équipements techniques à l'intérieur. Le bâtiment est également remis aux normes pour l'accès aux handicapés, avec la création d'un ascenseur desservant tous les niveaux du sous-sol jusqu'à la coupole.
Durée : un an