© © M. Bellini - R. Ricciotti / Musée du Louvre © 2012 Musée du Louvre / Philippe Ruault
Portrait - Dossier
Un nouvel écrin pour les arts de l'Islam au Louvre
A partir du 22 septembre, le nouveau département des arts de l'Islam du Louvre ouvre ses portes au public. Situé dans la cour Visconti, il aborde cette civilisation du VIIe au XVIIIe siècle, de l'Espagne à l'Inde, à travers 3000 objets et sous un angle neuf. Visite guidée de ce nouveau lieu.
Sous une toiture de verre et de métal. Avec ce projet initié il y a 10 ans, il s'agit pour Henri Loyrette, président-directeur du Louvre de « donner toute sa place au département des arts de l'Islam au sein du Louvre ». Le musée dispose en effet d'une collection importante d'objets islamiques restée dans les réserves, faute de place.
Le nouveau bâtiment conçu par les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti s'insére entre les murs de la Cour Visconti et propose un espace en sous-sol où sont dévoilées les richesses de la collection. Le visiteur pénètre dans ce lieu sous« une toiture qui flotte dans l'air et se tient légère sans toucher aux murs de la cour » selon les mots de Bellini. « Tapis volant, aile de libellule, tente..., à chacun d'interpréter librement ce que représente cette toiture » poursuit Rudy Ricciotti. Ancré dans le sol, un écrin en béton noir complète l'édifice puisque les collections sont exposées sur deux étages en rez-de-cour et en sous-sol.
Un nouveau regard sur l'Islam. « Le défi est que le public arrive avec ses idées sur les arts islamiques et repartent avec une autre vision. », indique Sophie Makariou, directrice du département. « La collection témoigne de la diversité des créations artistiques issues de mille deux cent ans d’histoire et d’un territoire déployé sur trois continents. » précise-t-elle. « Il y a », poursuit elle « l'islam avec une minuscule qui désigne la religion et l'Islam avec une majuscule qui désigne la civilisation. » Pour la directrice, le monde islamique dans son immensité, ne se compose pas uniquement d’art religieux. Il y a aussi les objets du monde civil et du pouvoir, cela concerne des peuples non musulmans. « C’est cette immensité de contributions, ce creuset de peuples que nous avons voulu présenter. »
Le rez-de-cour. Le parcours chronologique s'organise en 4 temps historiques, chacun étant introduit par des cartes avec des animations, réalisées par Sciences Po.
Le rez-de-cour présente la période qui va de 632 à l'an 1000. Parmi les pièces spectaculaires présentées, Sophie Makariou signale les grands relevés des mosaïques de la mosquée de Damas, restaurés et exposés pour la première fois. Un peu plus loin, elle commente le vantail de porte du palais de Samarra (836) qui a été réutilisé pour le sépulcre de deux évêques. Précédant un ensemble de pièces issues des fouilles de Suse, une vitrine met en avant 3 oeuvres singulières : une aiguière en cristal de roche issue du Trésor de Saint-Denis (1100), une rare pyxide en ivoire sculpté montrant que l'art figuratif n'est pas absent des arts islamiques (968) et un paon aquamanile d'Abd El Malek le chrétien. De quoi remettre en question les idées reçues sur les arts de l'Islam.
Le sous-sol. Le lieu devient en sous-sol un écrin de béton noir. Il accueille des pièces colorées et raffinées, couvrant une période allant du XIe au XVIIIe siècle.
Sophie Makariou oriente l'attention sur des chefs d'oeuvre comme le Lion de Monzon (XIIe siècle) en bronze gravé, la Tête princière en stuc (XIIe siècle) représentant Bouddha, qui dément à nouveau l'absence d'art figuratif dans les arts islamiques. Egalement, une aiguière à tête de paon en céramique ajourée (XIIe siècle) , et le plus ancien globe céleste conservé (1144).
« Nous avons souhaité montrer les oeuvres dans leur diversité de style et de matériaux » précise la directrice. L'émerveillement s'annonce varié comme en témoigne le passage sous un porche mamlouke en calcaire bichrome (XVe siècle, Le Caire), réassemblé pour l'occasion, ou l'un des clous de la visite : le baptistère de Saint-Louis. « Sommet du métal incrusté, il incarne la passation d'un monde à l'autre et le passage d'un monde profane (il servait à se laver les mains en Orient) à un monde religieux (il a permis de baptiser les rois de France) ».
Dans la dernière partie du parcours, des tapis, des portes en grès rouge ajouré venus d'Inde, un amusant chasse-mouche précieux en plumes de paon du XVIIIe siècle, un ensemble de moucharabieh et vitraux d'une demeure du Caire tracent un chemin jusqu'au mur ottoman de 12 mètres, reconstitué par l'équipe du Louvre. Après un travail de restauration de longue haleine, les mosaïques ont été rassemblées pour raconter l'histoire de la mosaïque du XVIe au XIXe siècle. L'idée était que le visiteur soit immergé et que son regard soit changé. Il ne reste plus qu'à tenter l'expérience !
Ouverture du nouveau département des arts de l'Islam du Louvre
Dans la Cour Visconti
A partir du 22 septembre 2012
-----------------------------------------------------------------------------------------
En savoir plus sur :
Le projet
La création de ce 8e département du Louvre a été décidée en 2003, suite au manque de place pour exposer la collection du Louvre.
Il « prend ses racines dans la vocation même du Louvre, conçu dès son origine, au XVIIIe siècle, comme un musée universel, un lieu où, par le truchement des oeuvres d’art, les époques et les civilisations dialoguent entre elles. » déclare Henri Loyrette, président du Louvre. « Il s’agit, pour nous, », poursuit-il « de présenter la face lumineuse d’une civilisation qui engloba en son sein une humanité infiniment variée et riche. À travers ce geste artistique, nous avons souhaité mettre en avant une approche large et inclusive qui rassemble des mondes très divers (andalou, mamlouk, ottoman, persan…). ».
Faisant suite au département des arts islamiques, un parcours présente l'Orient méditerranéen, un ensemble de mosaïques et de tissus romains issus du proche Orient et de l'Egypte et datant des IIIe au VIe siècle.
Les collections
Elles réunissent la collection du Louvre (15 000 pièces) et des Arts décoratifs (3 000 pièces). Elles embrassent 12 siècles et une zone géographique très étendue de l'Espagne à l'Inde. Parmi les chefs d'oeuvre : le Lion de Monzon, bouche de fontaine réalisée en Espagne au XIIe ou XIIIe siècle ; le baptistère de Saint-Louis, un bassin mamlouk en cuivre incrusté d'or et d'argent du XIVe siècle ; l'Aiguière du Trésor de Saint-Denis, vase de cristal de roche datant de 1100 ; un porche égyptien du XVe siècle ou encore un mur de céramique ottomane reconstitué de 12 mètres de long et datant du XVIe au XIXe siècle.
L'architecture
Le nouveau département a été conçu par les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti. Constitué de deux niveaux : un rez-de-cour et un sous-sol, surmontés d'une verrière ondulante agrémentée d'une résille en métal doré et argenté, il s'insère dans les anciennes façades. L'écrin en béton noir accueille les 3000 pièces exposées sur 3000 m2. En rez-de-cour : les pièces datant du VIIe au XIe siècle, en sous-sol : celles du XIe au XVIIIe siècle.