Bruno Suzzarelli, président du MuCEM

© MuCEM, Christophe Fouin

Portrait - Dossier

MuCEM : « le premier musée sur les civilisations de l'Europe et de la Méditerranée »

Le 7 juin, le MuCEM (musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) ouvre ses portes à Marseille. Interview de son président Bruno Suzzarelli.

Quelles ont été les grandes étapes de la constitution du MuCEM ?
Bruno Suzzarelli : Ce musée a une longue histoire puisqu'elle commence en 1884, au moment où s'ouvre la salle de France au musée du Trocadéro. C'est le début d'un musée national d'ethnographie française. En 1937, au moment du Front populaire, est créé le musée des arts et traditions populaires par Georges Henri Rivière. En 1972, le musée emménage à côté du Jardin d'acclimatation au Bois de Boulogne. En 2000, le gouvernement annonce l'installation de ce musée à Marseille au bord du Vieux-Port. En 2005, le musée de Paris ferme au public pour commencer le chantier des collections et s'appelle désormais : le MuCEM (musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée). En 2009, la première pierre est posée par Frédéric Mitterrand. Et en juin 2013, le MuCEM ouvre au public.

Est-ce un patrimoine unique sur les civilisations de l'Europe et du bassin méditerranéen ?
B. S. : C'est le premier et le seul musée dont l'objet social est de traiter des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée. Son patrimoine ethnographique est unique parmi les musées français. Historiquement il est constitué essentiellement par des collections traitant des sociétés françaises jusqu'au milieu du XXème siècle. Mais depuis 10 ans, ce patrimoine s'est notablement enrichi dans le domaine méditerranéen, grâce à une politique d'acquisition et au dépôt du fonds Europe du musée de l'Homme.

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de pièces exceptionnelles qui se trouvent dans ces collections ?
B. S. : Les collections sont constituées d'1 million d'oeuvres, d'objets et de documents. Parmi les chefs d'oeuvre du musée, on peut mentionner un très bel orgue de foire : l'orgue de Gavioli, classé Trésor national, une magnifique maquette du Saint-Sépulcre de Jérusalem du 17e siècle, un ensemble d'imagerie populaire pieuse de l’islam chiite, un ensemble de reliquaires, ou encore une sakieh, un instrument hydraulique qui servait à puiser l'eau dans la vallée du Nil et irriguer les cultures.

La programmation est très riche et répartie sur 3 sites différents qui constituent le MuCEM. A quel public s'adresse cette programmation ?
B. S. : Il y a deux sites qui s'adressent au grand public, et qui sont le coeur même du musée, à savoir le bâtiment neuf construit par Rudy Ricciotti sur le môle J4 et son voisin immédiat le Fort Saint-Jean, les deux étant reliés par une passerelle en béton de plus de 130 mètres. Nous y présentons à la fois nos collections permanentes et des expositions temporaires autour des grandes questions de société qui font débat dans l’espace euroméditerranéen, ainsi qu’une programmation artistique tournée vers les arts vivants. Le 3e site, le Centre de conservation et de ressources, situé dans le quartier de la Belle de mai, s'adresse à un public de spécialistes ou de chercheurs, avec malgré tout un accès au grand public puisqu’une partie des réserves sera accessible sur rendez-vous. Il y a aussi un espace d'exposition temporaire pour des cartes blanches proposées à des commissaires extérieurs, invités à relire nos collections à partir des objets conservés dans les réserves.

L'exposition La Galerie de la Méditerranée propose au J4 un éclairage sur l'histoire des civilisations du bassin méditerranéen. Quelle est l'approche choisie ?
B. S. : L'approche de Zeev Gourarier, commissaire de cette exposition de référence, est de rendre compte des spécificités des civilisations méditerranéennes. Il a choisi de traiter quatre thèmes qui lui paraissent fondateurs de ces civilisations. Le premier thème concerne l'agriculture et sa naissance au néolithique. Le second traite des religions monothéistes nées en Méditerranée : le judaïsme, le christianisme et l'islam, avec un coup de projecteur sur Jérusalem - la maquette du Saint-Sépulcre sera exposée dans cette section. Une 3e section est consacrée à la citoyenneté : depuis la naissance de cette notion dans la Grèce Antique et son extension à Rome, jusqu'à la Révolution française et la déclaration des droits de l'homme. Il y aura aussi des documents audiovisuels, comme l'interview de femmes du monde méditerranéen sur leur condition dans leur pays. La dernière section est consacrée aux voyages à l'extérieur ou à l'intérieur de la Méditerranée.

Avec la construction du J 4 sur la mer et la restauration de ce fort historique, le MuCEM représentait un défi architectural...
B. S. : C'était un défi architectural car il fallait insérer un bâtiment contemporain dans un site exceptionnel et au pied d'un monument historique classé. Le talent de Rudy Ricciotti a été de savoir respecter ce cahier des charges. Il a réalisé un bâtiment parfaitement carré, extrêmement rigoureux dans son apparence et évoquant les rapports entre l'Occident et l'Orient, avec cette architecture méditerranéenne, cette résille qui recouvre le bâtiment.
Deuxième défi architectural, il fallait retrouver la beauté du Fort Saint-Jean, construit pour l'essentiel au XVIIe siècle et dont certains éléments sont antérieurs - une chapelle du XIIe siècle construite quand le Fort était une commanderie de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. La restauration du monument historique réalisée par l'architecte en chef François Botton est d'une très belle qualité et nous a conduits à restaurer également des parties plus récentes, ce fort ayant été utilisé par les militaires jusqu'en 1962. Un lieu qui sera désormais ouvert pour la première fois au public.

Le MuCEM en chiffres

Près de 45 000 m2 répartis sur les 3 sites : J4, Fort Saint-Jean et Centre de conservation et de ressources dont 4800 m² de surface d’exposition
Collections : 1 million d'objets, oeuvres et documents dont :
- 250 000 objets de la vie quotidienne ou de l'art populaire
- 450 000 photographies
- 250 000 estampes, imageries populaires

Infos pratiques

Ouverture du MuCEM à Marseille
A partir du 7 juin

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