Jean-François Chougnet, directeur de Marseille-Provence 2013

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Portrait - Dossier

Jean-François Chougnet, directeur de Marseille-Provence 2013 : "une logique de Territoire"

Directeur général de Marseille-Provence 2013, Jean-François Chougnet est le bras droit de Bernard Latarjet, le concepteur historique du projet. Il administre l'équipe de l'association Marseille Provence 2013 (130 personnes) et pilote la mise en œuvre du projet.

Lorsqu'ils créent le label en 1985, Jack Lang et Mélina Mercouri, alors ministres de la culture, entendent « célébrer le rôle central des Villes dans l'Europe culturelle ». Leur rêve est de rapprocher les peuples et de faire des citoyens européens. Cet idéal est-il toujours ce qui guide la candidature des villes ?
 Jean-François Chougnet : Depuis 1985, l'Union européenne a affiné les critères des Capitales. Au début, la ville était surtout élue en fonction de son dynamisme. Aujourd'hui, on prend en compte l'originalité du projet, la participation des habitants, la pérennisation des équipements lancés. La Capitale européenne n'est pas une « Exposition universelle » où l'on détruit les bâtiments, une fois la fête finie. Historiquement, le label est surtout convoité depuis le début des années 90, car il a un impact fort sur l'économie, et aide les villes à se refaire une image. On peut estimer que les réussites de Glasgow 1990 et d’Anvers 1993 marquent le tournant.

Est-ce la raison qui a conduit le jury européen à choisir Marseille à l'unanimité ?
 J-F C. : Pas uniquement, même si son déficit d'image est connu. Marseille-Provence, son nom l'indique déjà, a énormément travaillé sur une logique de territoire : c'est une valeur très importante pour l'Union européenne, qui cherche à favoriser l'émergence des métropoles comme lieux de culture. Ce n'est pas le seul atout. Marseille-Provence est un cocktail qui mêle la forte exigence artistique, la dimension euro-méditerranéenne – un fil rouge très cohérent – mais aussi la volonté de toucher les publics défavorisés.

Lille et Marseille sont les deux villes de France labellisées à ce jour. Que révèle la déjà longue suite des Capitales ?
 J-F C. : Lille 2004 et Marseille-Provence 2013 ont la même dimension territoriale. Mons 2015 (en Belgique), débordera elle aussi la frontière ! C'est une vraie leçon : les « projets de ville » disparaissent au profit d'un territoire plus large que la ville, comme l'a prouvé Essen 2010, qui en réalité embrassait toute la Ruhr. Les Capitales sont définies jusqu'en 2032, selon un tour de passage des Etats. La France accueillera de nouveau une capitale européenne de la culture en 2028. Leur label peut leur servir de levier économique, comme ce fut encore le cas pour Liverpool 2008.

Pour Marseille aussi ?
 J-F C. : Il y a quelques objectifs chiffrés comme par exemple, pour les Bouches du Rhône, de passer de 8 aujourd’hui à 10 millions de touristes en 2012. Il y a le bénéfice attendu des importants aménagements culturels qui ont transformé le paysage urbain. Et toutes les nouvelles formes artistiques qui naîtront des liens tissés entre tous.

Depuis l'élargissement de l'UE aux pays de l'est, en 2004, on a créé des capitales doubles : X et Y, Marseille et Kosice, en Slovaquie...
 J-F C. : A partir de quelques parallèles et traits communs, ces deux villes ont bâti des programmes qui se font écho : un travail photographique sur les Roms, un travail avec des quartiers en rénovation urbaine, ... Le fil rouge de notre programmation s'intéresse à tous les pays européens de la Méditerranée, et pas uniquement à l'axe Nord / Sud.

D'où « Le partage des midis » ?
 J-F C. : Cette référence à Paul Claudel voulue par Bernard Latarjet donne une idée de l'exigence qu'il a insufflée à Marseille-Provence. La notion de territoire, et par-dessus tout « le dialogue des cultures de l'Europe et de ses Suds », est sa marque claire et nette. « La Mare Nostrum concentre tous les désordres de la planète, écrit-il. Elle peut être aussi l'espace de leur apaisement et d'une invention exemplaire de nouvelles solidarités ».

Qu'éprouverez-vous, lorsque l'Année se finira ?
 J-F C. : Le baby blues nous guette ! On procèdera à la liquidation juridique de l'association dès le premier semestre 2014, c'est la règle du jeu. Mais beaucoup de choses vont continuer : les bâtiments, l'esprit participatif, les voyages d'artistes à l'étranger... Un évaluateur externe (britannique) ayant déjà travaillé sur les capitales fera une évaluation qui servira de base de réflexion pour les pouvoirs publics et le monde économique.
 Propos recueillis par Pauline Décot
 Article publié dans le cadre d'un dossier sur Marseille-Provence 2013 dans le magazine CultureCommunication numéro 207

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