© Olivier Metzger
Portrait - Dossier
Didier Fusillier : « le festival EXIT, une hybridation des arts »
Didier Fusillier est à la fois directeur de la Maison des arts de Créteil, de la scène nationale du Manège à Maubeuge et de Lille3000. Il nous parle du festival EXIT qui se déroule du 4 au 14 avril 2013 à la MAC de Créteil.
Quelle est l'idée fondatrice du festival EXIT ?
Didier Fusillier : L'idée était de créer à la maison de la Culture André Malraux à Créteil , deux semaines d'hybridation absolue des arts. A cette époque (1994), on parlait peu de ce sujet et cela permettait de recréer un nouveau visage des grandes maisons de la Culture, dont faisaient partie la MAC, fondée en 1972 par Malraux.
Le but était simple : utiliser tous les espaces possibles, des couloirs aux bureaux, toilettes, dessous de scène, loges et associer à la fois des spectacles (théâtre, danse, musique) et des artistes numériques, à l'époque en émergence absolue. Même si l'ère était à la vidéo, on comptait encore peu d'artistes utilisant des bits numériques pour créer des oeuvres. Parmi eux, il y avait beaucoup d'asiatiques, quelques allemands et très peu de français. Depuis, nous avons développé une grande exposition associant 25 artistes, souvent très jeunes avec de plus en plus de français et une programmation artistique internationale axée sur l'émergence.
Comment voyez vous la place de ce festival dans le paysage culturel aujourd'hui ?
D. F. : Quand le festival a été créé, il n'y avait pas de téléphone portable ni internet. Nous étions dans le balbutiement absolu. Nous présentions des artistes accompagnés de leur double numérique ou équipés de capteurs infra-rouges, et c'était un choc. Le propre d'un théâtre comme la Maison des arts de Créteil, est que que la performance est réalisée en direct devant vous. Le public ne se trouve pas devant une image enregistrée. Depuis, tout a évolué à une vitesse phénoménale. Les artistes ont utilisé de plus en plus ces nouveaux médias pour créer. Aujourd'hui, nous avons des oeuvres stupéfiantes, par exemple : Harun Farocki, un grand artiste allemand déjà présenté à EXIT il y a 3 ans, qui a retracé, pour cette édition, le parcours de la représentation de la nature dans les jeux vidéos. C'est une oeuvre magnifique qui montre comment on peut représenter aujourd'hui une nature plus vraie que nature.
L'innovation et l'expérimentation sont importantes dans le festival. Pour vous, sont-elles essentielles dans la création ?
D. F. : Cela me plaît de ne pas oublier les fondements d'un plateau c'est-à-dire les cintres, les dessous, tout ce qui fait la magie à l'ancienne. Fondamentalement, cela n'a pas changé depuis 1500 ans et c'est pour cela qu'on va toujours au théâtre aujourd'hui. Cette intensité du moment où vous avez en face de vous quelqu'un qui dit un texte et vous piège dans des effets insensés ou vous émeut. Mais il est intéressant d'injecter dans cet art des formes hyper-contemporaines, qui sont aussi une forme de dramaturgie. L'idée n'est pas de faire un effet pour un effet mais que cela entre dans le processus dramaturgique et la compréhension du spectacle. Quand Angelin Preljocaj a créé avec Holger Förterer, Helikopter de Stockhausen – c'était la première grande oeuvre numérique sur plateau à grande échelle française – cela a été un énorme choc, et c'est aujourd'hui encore une oeuvre que vous voyez avec la même intensité. Je trouve que plus que le son ou la lumière, l'image numérique ou le processus numérique dans la création théâtrale ou artistique amène une part de dramaturgie supplémentaire.
Quel est le ton de cette nouvelle édition d'EXIT ?
D. F. : Il y a un côté « fête foraine » numérique, avec 25 installations très scientifiques cette année, des oeuvres qui parlent du chaos, des arcs électriques, de la séparation de l'oxygène et de l'hydrogène. A côté de cela, on trouve des artistes peu connus comme Jefta Van Dinter, Brian Lobel ou Cinétose, venus du monde entier, ou Ivo van Hove et Constanza Macras, plus connus mais encore marginaux sur la scène française.
Le Festival EXIT est non pas un festival à part ou à la marge mais il a une place singulière dans cette hrybridation des arts. Ce n'est pas une question de transversalité : les arts se pénètrent et se nourrissent les uns des autres.
Comment avez-vous sélectionné les oeuvres ?
D. F. : Je travaille aux Etats Unis, au Japon, en Inde... et j'ai dans ces pays des « compagnons » de recherche qui, dans leur ville, à Bombay, à Tokyo, … repèrent des artistes. Grâce aux technologies nouvelles, on reçoit très vite des images, des vidéos, … On rentre en contact et on se déplace. J'étais au Japon il y a un mois, j'y suis resté deux jours et ai rencontré beaucoup d'artistes. C'est un maillage permanent d'envie, et un désir de voir où tout cela peut rebondir et sous quelle forme dans la saison ou nos festivals.
Vos deux coups de coeur pour cette édition ?
D. F. : Il y a Jefta Van Dinter, un jeune suédois, qui présente une chorégraphie très spéciale. Elle a lieu dans le noir mais pas le noir total, qui permet une association de la lumière et du son. C'est très spectaculaire et bizarre. Et dans les fantaisies, il y a Brian Lobel, qui détruit tous les amis facebook d'un spectateur volontaire. Cela donne lieu à un direct sauvage d'une destruction totale et matérielle, où on vous détruit vos propres amis, qui sont d'ailleurs très fâchés.
Festival EXIT
A la Maison des arts de Créteil
Du 4 au 14 avril
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Parcours de Didier Fusillier
- Depuis 1990 Directeur du Centre Culturel Transfrontalier « Le Manège » Scène Nationale à Maubeuge
- 1991 Didier Fusillier reçoit le Grand Prix National de l’Entreprise Culturelle
- Depuis 1993 Directeur de la Maison des Arts et de la Culture André Malraux à Créteil
- 1998 Commissaire Général pour le Printemps du Québec (France, 1999)
- 1999 à 2006 Directeur Général de Lille 2004, Capitale Européenne de la Culture
- Depuis 2005 Directeur de lille3000
- En 2006 Maubeuge et Mons (Belgique) unissent neuf théâtres et s’associent autour de Mons Capitale Européenne de la Culture en 2015
- 2006 - 2013
Avec lille3000, éditions thématiques avec Bombaysers de Lille en 2006, Europe XXL en 2009, l’ouverture du Pavillon Lille Europe à Shanghai pour l’Exposition Universelle en 2010.
Grandes expositions au Tripostal (Lille), avec les invitations faites à la Collection François Pinault (Passage du Temps en 2007), la Saatchi Gallery (La Route de la Soie en 2010), puis au Centre National des Arts Plastiques (Collector à l’automne 2011).
En 2012, ouverture de Fantastic, nouvelle édition de lille3000 à l’automne dans plus de 70 villes de l’Eurométropole lilloise
Printemps 2013 : lancement des Berges de Seine réaménagées à Paris.