Marc Barani

© Clément Falize

Portrait - Dossier

Architecture : Marc Barani, qui êtes-vous ?

En remettant le 25 juin le Grand Prix national d'architecture à Marc Barani (voir notre article sur culturecommunication.gouv.fr : http://lc.cx/3LY), Aurélie Filippetti a salué son approche « transversale » et son « exigence poétique ». Retour sur 4 grandes étapes de son parcours.

Anthropologie. Au commencement était... le Népal. Pour cet architecte méditérannéen pur sucre né en 1957 – « je suis plus particulièrement un habitant de cette partie de la Méditerranée où la montagne tombe à pic dans la mer » – un tel voyage – « d'études », précise-t-il – peut surprendre. Pourtant, ce voyage a été fondateur. « En 1982, je suis parti travailler pendant un an dans un petit village de la vallée de Katmandou où la vie, sans être idéale, était encore suffisamment cohérente pour que l'on puisse en déceler l'unité. (…) Ce séjour m'a permis de porter un regard plus clair sur le rôle que l'architecture pouvait jouer dans nos sociétés occidentales ». Le mode de vie, les gens, l'anthropologie : ça restera un véritable point d'ancrage de son activité d'architecte.

Cimetière. Après avoir créé en 1988 l'Atelier Marc Barani – une agence où l'architecture est adossée, dit-il « d'un côté à l'anthropologie et de l'autre aux arts plastiques » – il va réaliser en 1990 sa première commande importante : l'extension du cimetière Saint-Pancrace à Roquebrune-Cap Martin. On ne sait ce qui impressionne le plus dans sa proposition : la rigueur constructiviste du dessin ? la façon dont il épouse le relief du paysage ? son dénuement luxueux qui appelle le silence ? Son attention au « détail constructif » ? « C'était un projet idéal pour moi », dit-il.

Tramway. En 2000, l'Atelier Marc Barani remporte un concours pour la conception d'une gare de tramways à Nice. Constatant que la commande n'est pas aboutie, il propose... un autre site. Contre toute attente, les commanditaires acceptent. A partir de là, l' « aventure » peut commencer. « Nous avons proposé un site qui ne faisait que 2,5 hectares et qui était coincé entre l'autoroute, ses bretelles d'accès et des barres d'habitation. Au début, tout le monde a dit : impossible. Impossible de s'encastrer dans la montagne, impossible de s'enrouler autour de l'autoroute... Nous avons déconstruit le projet pour le rendre plus adéquat au site, ce fut un vrai travail de sur-mesure, du cousu-mains ». La réalisation de ce « pôle multimodal pour le tramway de l'agglomération niçoise » – en clair, une gare pour tramways, mais comprenant également « des commerces et un équipement culturel » – lui vaudra en 2008 l'Equerre d'argent, la plus haute distinction architecturale française.

Gens. S'il conçoit des équipements prestigieux – notamment, la fondation culturelle et le tombeau-mémorial Rafic Hariri (en cours), à Beyrouth (Liban) ou la reconversion de l'église de Chelles en centre culturel avec le designer Martin Szekely (2008) –, Marc Barani ne perd jamais de vue les usages que font « les gens » des équipements urbains courants. Loin de le rebuter, la réalisation de ces projets a priori limités– la réutilisation d'un centre de tri à Nancy (en cours), des ponts enjambant la Loire et le Rhin, des logements sociaux à échelle humaine ou le parking au dessin follement élégant de l'aéroport de Nice – attise son intérêt. Une architecture, donc, « qui se préoccupe d'abord de la vie », comme il se l'était promis dans sa jeunesse, à la suite de son expérience népalaise. « Car c'est à la façon dont les gens vivent, qu'il faut d'abord s'intéresser ».   

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