Affiche du Festival de l'histoire de l'art (détail)

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Portrait - Dossier

Alain Schnapp : "Le public attend beaucoup de la découverte de l'histoire de l'art"

Depuis son lancement en 2010, le Festival de l'histoire de l'art fait mouche auprès des chercheurs comme du grand public. Cette année, la programmation porte sur le thème de l'Ephémère et invite un pays : Le Royaume-Uni. Alain Schnapp, professeur d'archéologie à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne, ancien directeur de l'Institut national d'histoire de l'art -Inha- est aussi président du conseil scientifique du Festival d'histoire de l'art de Fontainebleau depuis sa création. Entretien.

Comment expliquez-vous le succès de ce jeune festival ? Vers quoi doit-il tendre ?
Il existe un horizon d'attente pour l'histoire de l'art. Beaucoup de gens vont au musée, lisent des revues. Ils sont tentés par ce genre de manifestation ouverte, d'intérêt général, qui couvre toutes les périodes et la plupart des approches. A l'instar des "rendez-vous de l'histoire qui ont fait leur niche dans la belle ville de Blois, cette grande fête du savoir s'est profondément implantée dans le paysage urbain de Fontainebleau. Nous souhaitons pousser davantage nos contacts en direction de la région, pour capter le jeune public. Nous souhaitons aussi augmenter notre caisse de résonance en multipliant les accords de rediffusion avec France Culture. Notre offre s'envole : nous recevons deux fois et demi plus de propositions de chercheurs de la scène internationale, que nous n'en pouvons accepter !

Alors même que le festival est amputé d'une demi-journée cette année ?
C'est le prix de la crise... Néanmoins, c'est un  véritable succès qu'il existe encore. Son maintien tient à une grande détermination politique, et à l'engagement constant de la direction du Musée de Fontainebleau et de l'INHA car c'est un investissement coûteux. La France, première destination touristique du monde, a tout intérêt à entretenir la connaissance de son patrimoine, afin que son économie touristique se renforce.

Quels sont les avantages respectifs des festivaliers et des scientifiques ?
Nos tables rondes, conférences et animations suscitent des sociabilités intellectuelles, des liens, des curiosités. Nous croyons à cet aspect collectif. Il compense largement le fait que nous soyons un festival éphémère, sans traçabilité directe. Quand vous visitez une exposition dans un musée, le conservateur n'est pas là pour vous donner des explications.  Ici, chaque jour, il y a 250 chercheurs invités qui restent sur place, 600 professionnels présents partout, dans les différentes ailes du château et à travers la ville. Tout ce qui crée un consensus autour de la recherche a des retombées importantes pour le public. Après avoir côtoyé les chercheurs et être en quelque sorte entrés dans leur laboratoire, les visiteurs découvriront les grandes expositions des musées autrement. Les avantages existent aussi pour les professionnels. Outre les bourses et prix que nous délivrons aux jeunes chercheurs pour les aider à publier leurs travaux, outre les réseaux qu'ils se font sur place, ils apprennent aussi à s'adresser à un large public. Il se produit une fusion entre les jeunes chercheurs et les étudiants en histoire de l'art, que nous invitons et employons sur le site pour accueillir et renseigner le public.

Comment s'opère le choix du thème et du pays invité ?
Ce sont deux choix complémentaires qui découlent d'un consensus entre membres du conseil scientifique. Qu'il soit évident comme le Voyage ou plus austère comme l'Ephémère, le milieu scientifique s'approprie nos thèmes et les met en musique. Le public nous suit. Quant au pays, c'est un gage d'ouverture pour nous. L'histoire de l'art est une affaire internationale. Nous essayons de trouver chaque fois une dialectique entre l'offre et la demande. Nous avons pris le Royaume-Uni dans sa diversité de modes de pensée. Le modèle anglais d'histoire de l'art est très intéressant : voyez les deux films présentés par Peter Greenaway.

Qu'est-ce que l'Ephémère ?
L'Ephémère dans l'art pose la question de la matérialité et de l'immatérialité des productions humaines. Prenez les monuments. Combien reste-t-il de pierres originales dans nos cathédrales? A l'inverse les silex taillés du paléolithique n'apparaissent-ils pas comme indestructibles ? Aujourd'hui, certains créateurs vont jusqu'à prévoir dans leurs oeuvres la patine que le temps va leur donner ! Plus spectaculaire encore : l'architecture éphémère. Le Japon a produit parmi les plus grands architectes du 20e siècle, mais il est dans sa culture de construire en paille et en bois. Tous les 20 ans , le temple du sanctuaire d'Isé est reconstruit face au temple précédent qui est brulé…, nos civilisations, oubliant qu'elles sont éphémères comme l'a rappelé Malraux, ne cessent elles de restaurer le matériel. Il faut lire le beau poème de Victor Segalen, "Aux dix mille années", qui expose le point de vue chinois et se détourne avec horreur du fétichisme européen de la permanence des monuments ! Tout dépend  de l'échelle de temps où vous vous situez.

Parlez-nous du mouvement  dans l'iconographie grecque, sujet de votre table ronde ?
Rien n'est plus éphémère que le mouvement, sujet de fascination pour l'artiste depuis toujours. Nous regarderons des vases peints dont même les plus anciens,  du 6e siècle avant J.-C., expriment une tension inaltérable. Comment le peintre a-t-il su capter le lancer du poids, le galop d'un cheval, le départ de la course, la foulée du coureur sur la cendrée ? En figurant la posture de l'orateur, il parvient même à exprimer le mouvement dans le discours ! L'expression du mouvement fascine, car elle pose la question de ce qu'est la création artistique. Dans la même table ronde, Maria Luisa Catoni, spécialiste italienne de la figuration dans l'art grec, l'historien du cinéma Guy Fihman et l'historien de la photographie Christian Joschke évoqueront le 19e siècle et sa fascination pour le corps, qui a donné naissance à la photographie, au cinéma, et plus récemment à l'holographie. L'étude de la représentation du mouvement, elle, commence à peine.

Propos recueillis par Pauline Décot
Article à paraître dans le magazine CultureCommunication numéro 210

Infos pratiques

Festival de l'histoire de l'art
A Fontainebleau
Du 31 mai au 2 juin

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