Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau, Le Rêve, 1910  © 2016. Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

© Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau, Le Rêve, 1910 © 2016. Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

Musée - Expos

Le Douanier Rousseau, de la modernité au paradis perdu

Célèbre pour ses mystérieux tableaux de jungles évoquant le paradis perdu, le Douanier Rousseau a inspiré les artistes de l’avant-garde comme Picasso ou Delaunay. Le musée d’Orsay lui consacre une rétrospective, à partir du 22 mars.

Le mystère de jungles fascinantes. Resté dans les mémoires pour ses jungles foisonnantes, aux plantes enchevêtrées, où se tapissent des animaux sauvages, le Douanier Rousseau fait preuve, dans ses toiles, d’une imagination étonnante. Il n’a en effet jamais quitté Paris et s’inspire des récits de voyages au Mexique de ses compagnons artilleurs, de ses propres promenades au Jardin des Plantes et au Muséum d’Histoire naturelle, ou encore d’albums d’images populaires comme l’Album des bêtes sauvages édité par les Galeries Lafayette. Ses chefs-d’oeuvre, qui rencontrent le succès au Salon des indépendants, comme la toile monumentale Le lion ayant faim en 1905 et Le rêve en 1910, évoquent le paradis perdu, où se mêlent une richesse de détails et des visions fantastiques aux couleurs éclatantes. Autre chef-d’oeuvre célèbre, La charmeuse de serpents, commandé par la mère de Robert Delaunay en 1907, renvoie à un monde primitif et envoûtant, où le peintre met en scène une mystérieuse joueuse de flûte.

L’originalité d’un peintre autodidacte. Né en 1844 à Laval dans une famille modeste, Rousseau se met à peindre à l’âge de 40 ans. Cet artiste autodidacte, qui admire la peinture de Gérôme, obtient l’autorisation d’exécuter des copies au Louvre en 1884. Celui que Alfred Jarry a surnommé le Douanier, de par son emploi de commis, ne suit en peinture que ses propres règles. Il présente régulièrement ses oeuvres au Salon des Indépendants. Son Portrait-Paysage y est remarqué en 1890. Il se représente dans cet autoportrait de manière frontale, dans une absence de perspective, et avec un grand souci du détail. Sur le ciel, se détachent la Tour Eiffel et un ballon, symboles de modernité. Il réalise de nombreux portraits de ses proches, comme La Noce (1905) ou La Carriole du Père Junier (1908), souvent d’après des photographies, avec ce même souci du détail, alignant les modèles de face et faisant fi de la perspective. Lorsque Rousseau propose La Guerre au Salon des indépendants en 1894, son originalité retient l’attention. Louis Roy, critique au Mercure de France souligne son « étrangeté » innovante.

Une étrange modernité. Les peintures du Douanier Rousseau plaisent à l’avant-garde parisienne et aux surréalistes. En 1906, le peintre rencontre Apollinaire et Delaunay, qui deviendront ses amis. Deux ans plus tard, Apollinaire lui présente Picasso qui lui achète son tableau Portrait de femme et organise un banquet en son hommage dans son atelier du Bateau-Lavoir. Picasso, Delaunay, Léger mais aussi les artistes de l’avant-garde italienne et allemande, parmi lesquels Kandinsky, admirent et collectionnent l’oeuvre de Rousseau. L’exposition du musée d’Orsay met en regard les toiles du Douanier Rousseau et les œuvres de ces artistes qui se sont inspirés de l’étrange modernité du peintre. Ainsi, Fernand Léger rend hommage au Portrait de Monsieur X de Rousseau, à travers son tableau Le mécanicien. La Charmeuse de serpents du Douanier a inspiré les surréalistes, en particulier Victor Brauner qui la célèbre dans sa toile La rencontre du 2 bis, rue Perrel. Dans La rue des bois, Picasso s’inspire de l’atmosphère primitive et enchanteresse des jungles du Douanier. « Rousseau est sans aucun doute, écrit Apollinaire en 1914, le plus étrange, le plus audacieux et le plus charmant des peintres de l’exotisme. »

Infos pratiques

Douanier Rousseau. L’innocence archaïque
Du 22 mars au 17 juillet 2016
Au musée d’Orsay

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