Hors Sol au Frac Poitou-Charentes

© Paolo Codeluppi et Kristina Solomoukha, Computer, 2015, technique mixte, diam. 220 cm, hauteur 80 cm. Collection de l'Espace du CNES. Visuel: courtesy des artistes

Musée - Expos

Hors Sol au Frac Poitou-Charentes

En 1965, la fusée Diamant s’élançait depuis la base de lancement Brigitte à Hammaguir en Algérie, une date qui a marqué l’avènement de l’indépendance spatiale française. 50 ans plus tard, l’Observatoire de l’Espace a proposé à des artistes d’associer création et archives pour aborder cette mémoire et les questions contemporaines qu’elle soulevait. Le FRAC Poitou-Charentes a été partenaire de l’Observatoire de l’Espace à toutes les étapes de ce projet artistique qu’il présente dans Hors Sol du 12 février au 14 mai à Angoulême, enrichi d’autres démarches artistiques.

Le contexte du projet. Il y a cinquante ans, la France militaire, scientifique et technologique du général de Gaulle atteignait l’objectif qu’elle s’était fixé : l’indépendance spatiale. Le 26 novembre 1965, le lanceur Diamant parvenait à placer en orbite le satellite A1 depuis le pas de tir Brigitte de la base de lancement d’Hammaguir, en Algérie. Les documents d’archive et les objets patrimoniaux rendus accessibles aux artistes et aux publics par l’Observatoire de L‘Espace dans le cadre de ce projet témoignent d’un émouvant archaïsme des technologies d’alors pourtant toutes mobilisées vers un objectif ambitieux.

L’environnement de l’épopée spatiale. Computer, oeuvre de Paolo Codeluppi et Kristina Solomoukha, traduit la table rase du désert algérien ponctuée des frustes infrastructures vouées au programme spatial français, et le minimalisme fonctionnaliste de chaque appareil, de chaque édifice au service de cette cause. Erwan Venn a été particulièrement sensible à l’esthétique des dessins techniques, des équipements mais aussi des discours qui forment le décorum des débuts de l’aventure spatiale française. Accompagné de beaux dessins aux allures de posters, le papier peint sonore et animé qu’il a créé spécifiquement et joyeusement intitulé À la conquête de l’espace ! propose une exploitation ornementale et domestique des archives du CNES. Bruno Petremann a pris le parti de proposer une image. Hammaguir, Kourou, Cap Canaveral, Baïkonour…: Bruno Petremann a considéré que les principales bases de lancement de véhicules spatiaux, au milieu d’un désert, dans la forêt tropicale, au bord de l’océan ou perdue dans de lointaines steppes, désignaient déjà l’Ailleurs, l’exotisme statique des épopées spatiales. Slimane Raïs s’est inspiré d’une des rares images témoignant des loisirs accessibles sur le site, où l’on voit de jour un écran de cinéma en plein air, blanc face à des rangées de chaises vides. Slimane Raïs, dont les œuvres établissent habituellement des liens interculturels et interpersonnels, s’est emparé de ce suspens. Son installation assimile l’écran à la page blanche d’une lettre de rupture amoureuse sur laquelle seule l’entame, Chère Brigitte en arabe, brille en calligraphie de néon. Flowers for Africa : Algeria, oeuvre de Kapwani Kiwanga, commente sous la forme d’une poignante vanité le temps de l’émancipation politique nationale et en actualise le désenchantement alors que son installation Stardust Archives ou la performance Afrogalactica : un abrégé du futur qu’elle donnera dans le cadre de l’exposition, recourent à la culture afrofuturiste pour envisager les États-Unis d’Afrique en puissance spatiale.

Étoiles, constellations et Google Earth. C’est par le truchement d’immenses miroirs équipant leurs télescopes que les astronomes propulsent leur regard dans l’espace et remontent le temps de l’univers. De miroirs, de jeux de regards et de figures célestes il est aussi question dans la série Constellations de Nicolas Milhé. On peut considérer que Le Centaure et La Vierge, présentés dans cette exposition, commentent la façon qu’ont eu les hommes d’appréhender la voûte céleste, mieux, de se l’approprier, en la peuplant de figures mythologiques et signifiantes. On peut également envisager ces œuvres analysant l’espace, notre environnement omniprésent et inaccessible, comme un miroir infini renvoyant irrémédiablement l’homme à lui-même, à sa solitude et à ses limites. Remarquant que les figures de constellations sont obtenues par l’agencement de judas criblant le miroir, on comprendra que ces œuvres ne dérogent pas à l’attention que Nicolas Milhé porte toujours à la chose politique et à l’expression du pouvoir. Un sentier et une étoile partagent le même nom, une zone commerciale et un soleil sont homonymes, un même toponyme désigne un quartier pavillonnaire et une constellation… From The Sky To The Earth, œuvre de Fabien Zocco qui associe selon ce principe plusieurs centaines de dénominations astronomiques à autant de lieux terrestres, montre s’il était besoin combien nommer c’est s’approprier. Exploitant les vues standards de Google Earth en mode Street View et offrant ainsi au spectateur un voyage immobile et aléatoire au travers de paysages quelconques, cette œuvre suggère l’hypothèse d’un lien privilégié et mystérieux entre chaque lieu et son pendant extraterrestre. Ambiguë, elle peut aussi bien amorcer par chacune de ses images de lieux jumelés par leur nom une fiction de l’identité de mondes multiples.

Avec des oeuvres de : Paolo Codeluppi & Kristina Solomoukha, Kapwani Kiwanga | Nicolas Milhé | Bruno Petremann, Slimane Raïs | Erwan Venn | Fabien Zocco, collections FRAC Aquitaine, FRAC Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Observatoire de l’Espace du CNES et collections privées, prêts des artistes et production FRAC Poitou-Charentes.

Commissaire d'exposition : Alexandre Bohn, directeur du Frac Poitou-Charentes

Infos pratiques

Exposition du 12 février au 14 mai 2016. Frac Poitou-Charentes, 63 boulevard Besson Bey - 16000 Angoulême. Tél. : 05 45 92 87 01. Ouverture du mardi au samedi et chaque premier dimanche du mois, de 14h à 19h. Entrée libre - ouvert les jours fériés à l’exception du dimanche 1er mai.

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