Falke Pisano, La valeur dans les mathématiques

© Falke Pisano, Negociations in exchange, 2015. Métal, bois, céramique, feutre, 172 x 138 x 155 cm. Vue d'exposition, REDCAT, Los Angeles. Photo: Rafael Hernandez

Musée - Expos

Falke Pisano, La valeur dans les mathématiques

Le projet présenté par l’artiste hollandaise Falke Pisano à la Synagogue de Delme du 19 mars au 29 mai constitue la toute première étape d’un nouveau cycle de recherches sur le développement des sciences dans la modernité.

L’omniprésence des mathématiques. Les mathématiques infusent de façon visible ou invisible la vie quotidienne, les rapports sociaux, l’économie, l’industrie, la stratégie militaire, l’architecture... Omniprésentes, leurs applications concrètes échappent pourtant la plupart du temps à la compréhension que nous pouvons avoir du monde qui nous entoure ; ce monde reste ainsi hors d’atteinte et risque de faire de chacun un sujet passif qui doit s’en remettre aveuglément à des lois qu’il ne maîtrise pas. Les institutions ont contribué à forger une idée de la connaissance exclusive et restrictive. Et, si on aborde communément les mathématiques comme un langage universel, qui ne serait porteur d’aucun système de valeurs culturelles, Falke Pisano met au contraire l’accent sur les notions de diversité, de pluralisme et d’hétérogénéité et s’intéresse aux théories critiques qui proposent une autre approche des mathématiques, de leur histoire, et de leurs modes d’enseignement. Si le fait que 1+1 = 2 apparaît comme une vérité largement admise dans la culture occidentale, il faut bien reconnaître que dans d’autres cultures 1+1 ≠ 2. En ce sens, le domaine de l’ethno-mathématique ouvre un nouvel espace de réflexion, de négociation et de traduction des savoirs qui permet de prendre en compte la diversité culturelle et la coexistence de plusieurs approches, capables d’interagir l’une avec l’autre, de manière respectueuse et égalitaire.

L’exposition à la synagogue de Delme. La valeur dans les mathématiques rassemble une série de sculptures, d’objets et de textes, ainsi qu’un film, qui matérialisent les questions soulevées par l’artiste. On trouvera par exemple dans l’exposition une « table de négociation », une carte maritime, ou encore un cadre à tisser. Dans le film, Falke Pisano active ces différents objets par le geste et la parole dans un entretien croisé avec une anthropologue et un chercheur en éducation des mathématiques, qui évoquent leurs expériences de terrain liées à l’enseignement. Où l’on comprend que la pédagogie et le mode d’apprentissage des mathématiques peuvent aussi devenir des outils de résistance contre une culture dominante. Dans une société occidentale, où les rapports sociaux sont avant tout dominés par une logique de quantification et d’accumulation de capital, Falke Pisano rappelle la possibilité d’une nature de liens sociaux déterminés avant tout par leur qualité. Dans cette perspective, apprendre à compter autrement permettrait de lire et de nommer le monde autrement, tout en le faisant sien, dans le respect de la pluralité des points de vue divergents. Le film se termine sur ces mots : "Si nous ne permettons pas cette variation, cette pluralité, alors… ne serons-nous pas condamnés ?"

Le langage, au coeur des préoccupations de l’artiste. Le langage, qu’il soit oral ou écrit, gestuel ou graphique, a toujours été au coeur des préoccupations de Falke Pisano. Ses installations, sculptures, dessins, diagrammes, ou encore ses conférences – performances abordent la maîtrise du langage et du discours comme un facteur d’émancipation permettant une inscription responsable des individus dans le monde. Ses recherches se déclinent sous formes de cycles longs. Le premier, de 2007 à 2010, s’intitulait "Les formes du discours". En 2011, elle initie un second cycle autour de la notion de "Corps en crise". En s’intéressant plus particulièrement aux mathématiques, l’exposition aborde des questions aux implications très vastes, battant en brèche l’approche universaliste et absolue de cette science, ainsi que l’objectivité et la neutralité qu’on lui accorde de prime abord. Le projet a été présenté pour la première fois au centre d’art Redcat à Los Angeles en 2015, et plus récemment lors de deux expositions personnelles de l’artiste à la galerie Hollybush Gardens à Londres, ainsi qu’à la galerie Ellen de Bruijne à Amsterdam. Le centre d’art accueille une nouvelle étape dans l’itinérance de ce projet, destiné à évoluer et à s’enrichir dans le temps.

Infos pratiques

Exposition du 19 mars au 29 mai 2016. Centre d’art la Synagogue de Delme, 33 rue Poincaré – 57590 Delme. Tél. : 03 87 01 43 42. Entrée libre du mercredi au samedi de 14h à 18h, les dimanches de 11h à 18h. Fermé le 1er mai.

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