À quoi tient la beauté des étreintes

© Bojan Sarcevic - Sans titre (Vitrine Film #2) - 2008 - Technique mixte - 190 x 125 x 80 cm. Collection FRAC Auvergne

Musée - Expos

À quoi tient la beauté des étreintes

Le Frac Auvergne présente du 30 janvier au 27 mars à Clermont-Ferrand une exposition collective d’œuvres de sa collection intitulée À quoi tient la beauté des étreintes.

Une conférence à portée universelle. Dans un monde où la culture est devenue une variable d’ajustement, il est bon de s’interroger sur les raisons qui nous poussent à aller voir des œuvres d’art et nous aimons à penser que l’art répond à un besoin d’étreinte et de nuance. Les collections publiques, et celle du FRAC Auvergne en particulier, ont certainement ce rôle essentiel à jouer : rendre possible la beauté des étreintes. Trois petites peintures de Marie Zawieja qu’il a acquises en 2015 en 2015 sont à l’origine du titre de cette exposition. Nommées À quoi tient la beauté des montagnes, elles s’inspirent de la conférence éponyme donnée en 1897 au Club Alpin de Paris par Franz Schrader, géographe, randonneur, dessinateur, peintre et cartographe. Dans une magnifique intervention, il exprime son amour pour les montagnes et explique de quelle manière elles doivent être idéalement regardées, dessinées ou peintes, ainsi que la subjectivité du ressenti personnel. La teneur de cette conférence demeure universelle tant les considérations dont elle fait état répondent aux principes les plus basiques de notre manière intemporelle d’appréhender les œuvres d’art. Ce qu’énonce Franz Schrader à propos de sa passion pour les montagnes entretient une enthousiasmante analogie avec ce qui devrait, ce que doit toujours être notre relation à l’art et à la culture de manière générale.

La quête inconsciente de notre rapport à l’art. Les étreintes dont il est question dans l’exposition concernent autant la manière dont les œuvres s’étreignent que la vibration affective qui nous invite à "embrasser" ce qui se donne à voir, ce qui "s’exhibe" - en anglais exposition se traduit par "exhibition". Mais nous ‘étreignons pas toutes les œuvres que nous voyons et il convient d’accepter que certaines ne puissent coïncider avec ce que nous sommes, soit parce que nous n’y sommes pas encore suffisamment préparés, soit pour de simples raisons d’affinités électives. On doit se poser les mêmes questions que Franz Schrader et tenter de comprendre « à quoi tient la beauté de nos étreintes ». Pourquoi sommes-nous parfois touchés, sans même rien connaître de ce que nous regardons ? Comment s’effectue cette opération étonnante selon laquelle nous extirpons des œuvres la part vitale, dans une totale insouciance des éventuels contresens qu’on peut leur infliger ? Être touché, c’est sans doute ce qui constitue la quête inconsciente de notre rapport à l’art ; vouloir être touché, symboliquement et profondément, par des œuvres qui la plupart du temps interdisent le moindre contact. Une peinture est bien plus qu’une somme de gestes sur une toile, une photographie bien plus qu’une image du monde… Le merveilleux de l’œuvre se loge dans une relation d’intimité où les signes mêmes de l’art passent au second plan au profit d’une étreinte entre l’œuvre et ce que nous apportons quand nous la rencontrons. Ce champ fertile ne tarira plus, et certaines œuvres que nous pensions oubliées se rappellent ainsi à nous inopinément en certaines occasions et nous accompagnent finalement tout au long de notre existence.

Commissaire de l’exposition : Jean-Charles Vergne, directeur du Frac Auvergne

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