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Littérature - Langues
Un « habit vert » pour Amin Maalouf
L’écrivain Amin Maalouf entre à l’Académie Française. Après deux tentatives infructueuses, il a été désigné jeudi dernier pour siéger parmi les « Immortels ».
Le parcours. La persévérance a payé : l’écrivain Amin Maalouf a été élu jeudi au premier tour à l’Académie Française. Une sorte de revanche, après deux échecs successifs, en 2004 et en 2007. Il siégera au fauteuil n° 29, succédant ainsi à l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, disparu en 2009, mais également à Claude Bernard, Ernest Renan et Montherlant. L’écrivain franco-libanais avait déjà connu les lauriers du succès avec Le Rocher de Tanios, prix Goncourt en 1993. Il entre désormais dans l’enceinte des « Immortels » Quai Conti, revêtant l’épée et l’habit vert des académiciens. Au centre de son œuvre, les thèmes de l’exil et de l’identité : partagé entre monde oriental et occidental, il défend un multiculturalisme humaniste.
L’homme. Amin Maalouf naît le 25 février 1949 à Beyrouth, dans une famille chrétienne. Sa mère, originaire d’Istanbul, est francophone. Cela l’amènera à choisir la France comme terre d’exil lorsque la guerre civile ravage le Liban en 1976. Une double appartenance au fondement de son œuvre, centrée sur la question des identités. Il confiait ainsi, dans son ouvrage Les identités meurtrières (1989) : « Le fait d'être à la fois arabe et chrétien est une situation fort spécifique, très minoritaire, et pas toujours facile à assumer. » Œuvrant au rapprochement des civilisations, Amin Maalouf s’interroge sur les rapports politiques et religieux entretenus par l’Orient et l’Occident.
Une dualité qui s’insère au sein même du langage. Si l’on parle arabe à la maison, les cours - chez les Jésuites- sont en français. L’écrivain distingue ainsi « une langue du soleil » -celle du foyer familial, des jeux dans les rues- d' « une langue de l’ombre », celle de l’étude et de l’exil en France. Une langue de l’exil qui devient celle de l’écriture, et par là-même de la consécration. N’entre-t-il pas, vêtu de l’habit vert, dans son dernier bastion ?