Salon du livre et de presse jeunesse de Montreuil

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Littérature - Langues

« L'écran et le numérique peuvent élargir l'accès de tous les publics à la lecture »

Du 28 novembre au 3 décembre, se tient à Montreuil le Salon du livre et de presse jeunesse. Rencontre avec la directrice du Salon Sylvie Vassallo, qui répond à nos questions sur la place du numérique dans la littérature de jeunesse.

Le numérique est présenté cette année à travers plusieurs événements au Salon du livre et de presse jeunesse de Montreuil : le Pôle numérique pour le public, le MICE pour les professionnels et le projet Biblioconnection ...
 Sylvie Vassallo : Oui. Il y a aussi une grande conférence De la page à l'écran pour réfléchir à toutes les évolutions de l'édition papier vers l'édition numérique, en associant éditeurs, créateurs, producteurs de cinéma et de télévision. Cette journée compare des stratégies éditoriales françaises, anglaises, américaines et les modes de diffusion du livre numérique avec une table ronde autour de la télévision, de la librairie et des bibliothèques.

Est-ce que le numérique a pris de plus en plus de place au Salon du livre de Montreuil ?
 S. V. : Le numérique prend de plus en plus de place dans les pratiques culturelles des jeunes tout simplement. Le Salon montre que la littérature de jeunesse peut s'exprimer sous des formes extrêmement variées. Les livres papier aujourd'hui sont toujours dominants et très importants pour nous. La lecture qu'ils apportent, les fictions qu'ils racontent nous semblent absolument essentielles pour aider les enfants à construire leur imaginaire et leur savoir. A côté de ces livres de papier naissent d'autres formes d'expression et le numérique en est une. Cela nous paraît important de montrer tous ces supports. Le Pôle numérique sert à cela, à montrer que les livres papier et numériques ne sont pas nécessairement concurrents et qu'ils peuvent être complémentaires. 

Quand avez vous créé le Pôle numérique ? Comment sa conception a -t-elle évolué ?
 S. V. : Le Pôle numérique a été créé l'année dernière. Dans un premier temps, il a accueilli une sélection d'applications littéraires sur tablettes tactiles. Cette année, nous avons 10 éditeurs numériques présents dans ce Pôle. Il y a une quinzaine d'histoires sélectionnées, montrées sous trois formats : tablette tactile, écran géant avec présentation collective et implication des auteurs et illustrateurs, tablette numérique géante dite « XXL ».. Cette tablette XXL permet aux parents et enfants d'échanger autour du contenu. Les enfants ont une grande intuitivité par rapport à ce support, et les parents peuvent être en dialogue.

Comment s'opère la sélection des éditeurs ?
 S. V. : La sélection des livres présentés est préparée par un comité de sélection qui se réunit en amont. On demande aux éditeurs les histoires qu'ils veulent mettre en compétition. C'est un peu comme un petit festival. Nous même, nous sommes à l'écoute et en recherche toute l'année d'éditeurs et de créateurs. En septembre, on réunit l'ensemble de ce contenu. Et on sélectionne en fonction de trois critères : l'âge des enfants, la qualité artistique des projets et la relation de ces projets avec le monde du livre. 

Pouvez-vous nous donner un exemple de projet innovant sélectionné ?
 S. V. : La dimension innovante est importante pour nous mais ne passe jamais au-dessus du contenu. Il y a parfois des objets intéressants du point de vue de la qualité artistique ou du contenu et qui vont utiliser des techniques pas forcément révolutionnaires. Ce qui nous importe c'est de montrer aux enfants et familles la qualité du contenu qu'on peut trouver sur cette tablette.
 Par exemple : la proposition faite par les éditions Volumique : un plateau de jeu sur tablette dans lequel on va circuler avec un pion réel qui bouge sur l'écran et fait avancer dans l'histoire. Il y a une vraie mixité de support. Les éditions Volumique travaillent beaucoup sur la complémentarité des supports. Il y a ainsi des histoires qui commencent sur papier et se terminent sur un smartphone ou une tablette.
 On a aussi une proposition d'application autour d'un livre d'Olivier Douzou qui s'appelle Fourmi. C'est un livre papier classique qui a une continuité sur la tablette tactile à partir de jeux de lecture. Il y a aussi de très belles applications du côté de l'art, avec des développeurs, des éditeurs et des musées, et du côté des revues et des feuilletons.

Quel succès rencontre le Pôle numérique auprès des enfants ?
 S. V. : L'année dernière, le Pôle n'a pas désempli. Je pense que cet Espace témoigne d'une certaine maturité de la littérature de jeunesse qui s'exprime aujourd'hui sur des supports très variés : albums, romans, bd, et tablettes tactiles, cinéma d'animation. Il y a énormément de livres de jeunesse adaptés au cinéma. Le cinéma d'animation fait l'objet d'un Pôle au Salon qui plaît aussi beaucoup.

Une des nouveautés du Salon est la Biblioconnection. Pouvez-vous nous présenter ce projet ?
 S. V. : C'est véritablement un projet innovant. On a répondu à un appel à projet du ministère de la Culture et de la Communication. Notre idée est triple. Premièrement, faire le lien entre les albums papier et l'écran et montrer que l'écran peut porter de la littérature de jeunesse déjà publiée et avec une autre forme de lecture. Deuxièmement, s'approcher des codes de navigation des enfants sur les écrans et en particulier de la grammaire du jeu vidéo et impliquer l'utilisation de son corps dans la lecture. Troisièmement : porter un projet qui soit à la portée de tous les enfants quels que soient leur capacité et leur rapport à la lecture : enfants pas à l'aise avec la lecture ou porteurs d'handicap.

Nous avons créé une bibliothèque numérique selon la logique des jeu vidéos basée sur un détecteur de mouvement. Concrètement, l'enfant est debout dans une grande salle avec face à lui le livre projeté sur grand écran à 4 mètres. Grâce à ses mains et ses pieds qui lui servent de souris d'ordinateur, il manipule le livre à distance, choisit un livre, tourne les pages, s'arrête, passe à une autre histoire. 

C'est un projet encore expérimental aujourd'hui mais certaines histoires sont adaptées en langue des signes, en audio descriptif pour les enfants aveugles, en audio. On a dû adapter les livres à l'écran : grossir les caractères, animer le livre...On peut aussi adapter des contacteurs pour des enfants handicapés en fauteuil.

Ce projet a été mis en place en partenariat avec l'hôpital de Garches. Après le Salon il va circuler dans cet l'hôpital puis à l'hôpital Cochin dans le cadre de la maison de Solenn pour un public adolescent rétif à la lecture. Cela nous permettra d'observer si ce projet va les faire entrer dans les livres.
 On a envie de montrer que l'écran et le numérique peuvent élargir l'accès de tous les publics à la lecture.

Quelle place occupe le numérique dans la littérature de jeunesse aujourd'hui ?
 S. V. : Il y a beaucoup de livres de jeunesse disponibles en édition numérique mais de manière homothétique : le livre papier est diffusé tel qu'il est, sur écran, sans plus-value. Il est également difficile de les trouver. Il y a différents  formats, ainsi qu'un problème de librairie en ligne qui permettrait de trouver facilement un livre numérique. Par contre il y a encore peu de vrais projets artistiques et littéraires qui utilisent toutes les potentialités du numérique et de l'écran tactile.

Comment voyez-vous l'avenir du numérique pour le jeune public ?
 S. V. : Nous investissons dans la direction de projets de ce type et nous avons mis en place l'année dernière un concours de créateurs et de développeurs pour qu'ils adaptent des albums jeunesse en application ou cinéma d'animation. Notre souhait est qu'on travaille la complémentarité entre le livre papier et le livre numérique. Et rendre prioritaire dans cette complémentarité le contenu, en expérimentant dans des projets enrichissants pour les enfants. Quand on voit la place de l'écran aujourd'hui dans la vie des enfants, on ne peut que souhaiter que la littérature de jeunesse s'investisse dans ce domaine.

Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil
 Du 28 novembre au 3 décembre 2012

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