© Mikaël Cixous
Architecture - Patrimoine
Terrain n°58 "Pourquoi coopérer"
La coopération intervient à tous les niveaux du vivant, de la formation d’un génome à la constitution d’organismes multicellulaires. Mais les êtres humains sont l’unique espèce où on observe des coopérations fortes, régulières, diverses, risquées, étendues et parfois coûteuses, entre individus sans relations de parenté. Les notions de compétition et d’égoïsme chères aux théories de l’évolution et de l’économie classique ne suffisent à expliquer ce mode de relation. Aussi comprendre l’évolution de la coopération est devenu un défi scientifique pour les années à venir. Le nouveau numéro de la revue terrain apporte sa pierre à l'édifice.
La thème de la coopération traverse de nombreux champs qu'ont étudiés nos contributeurs. Ainsi, Joël Candau distingue deux formes de coopération: l’une fermée (bornée aux proches), l’autre ouverte (au delà des proches); la spécificité de l’Homo sapiens étant d’élaborer des formes de coopération de plus en plus ouvertes.
Chez les Sulka de Nouvelle-Bretagne (Jeudy-Ballini), exemple de coopération fermée, les pratiques coopératives sont si prégnantes qu’il ne semble guère exister, hors trangression, un seul comportement qui ne soit pas coopératif à un degré ou à un autre.
Morgan Jouvenet a pour sa part enquêté dans des laboratoires au coeur du développement des nanosciences et nanotechnologies à Grenoble. En suivant les physiciens, on voit qu’ils envisagent ces coopérations d’un point de vue individuel et scientifique, mais aussi d’un point de vue collectif et politique. Une coopération modèle?
En Inde depuis plus de quarante ans, le mouvement naxalite maoïste se bat pour changer les formes établies de la coopération entre individus et se heurte aux écueils que rencontre la mise en place de relations de coopération nouvelles par la transformation voire l’éradication des hiérarchies existantes, notamment du système des castes (Alpa Shah).
Pourquoi la coopération ne marche-t-elle pas toujours? s’est demandé Benoît Dubreuil. C’est qu’elle a évolué dans un contexte de petits groupes de chasseurs cueilleurs et que pour l’étendre à un contexte plus large, nous devons nous appuyer sur des institutions qui ne peuvent qu’imparfaitement assurer le succès de nos interactions. La coopération entre homme et animal, ou animaux entre eux, doit-elle aussi être prise en compte?
Emmanuel Grimaud, en Thaïlande, suit des combats de scarabées pendant lesquels joueurs et insectes coopérent sur la base d’un champ vibratoire. Véronique Servais, enfin, plaide pour une ouverture de la primatologie aux sciences sociales afin de pouvoir envisager les primates comme des acteurs pris dans des situations interactives plutôt que comme des organismes exécutant des stratégies implémentées en eux par l’évolution.
176 pages couleurs - 20€