Affiche de l'exposition Fichés? aux  Archives nationales (2011)

© Création Harmatan

Architecture - Patrimoine

Les Archives nationales reçoivent le prix Historia de l'exposition 2012

Les Archives nationales se sont vues décerner le Prix Historia de l'exposition 2012, le 17 septembre dernier à Paris, dans la galerie des Gobelins, pour l'exposition "Fichés ? Photographie et identification du second empire aux années soixante". À travers plus de 2000 documents, les Archives nationales ont présenté, du 28 septembre 2011 au 23 janvier 2012, les multiples usages du portrait photographique dans les procédés d’identification, des premières expériences du XIXe siècle jusqu’à la guerre d’Algérie. Les deux commissaires, Pierre Fournié* et Jean-Marc Berlière**, ont révélé les rapports ambigus entre les pouvoirs publics et le citoyen, soulignant le paradoxe de ce procédé de fichage, conçu à l'origine pour aider le système judiciaire, mais ayant abouti à des dérives qui atteignent leur paroxysme négatif avec le régime de Vichy. A travers cette exposition, le visiteur était amené à s'interroger sur le monde dans lequel il évolue, où la photographie dite d'identité, aboutissement d'un long processus, se voit progressivement supplantée par d'autres formes d'identification. C'est l'originalité du sujet, le succès populaire, le sérieux du propos scientifique et la qualité du parcours scénographique et didactique que le jury a voulu récompenser par ce Prix Historia 2012.

 

Quoi de commun entre tous les individus présentés dans l'exposition Fichés ? Ils ont tous été fichés. Dès le milieu du XIXe siècle, leur photographie figure dans un registre, dans un dossier, sur une feuille ou sur une fiche signalétique, où se trouvent par ailleurs consignées de très sommaires données biographiques.

 

Généralement promis à la destruction, des millions de ces documents insignifiants qui forment ce qu’il est convenu d’appeler un « fichier » sont aujourd’hui conservés par les services d’archives, dépositaires de ces innombrables traces des multiples processus d’identification qui ont fait appel à la photographie.

 

C’est à cette réalité documentaire que les Archives nationales ont consacré à l’automne 2011 et à l'hiver 2012 une grande exposition intitulée Fichés ? Photographie et identification du second empire aux années soixante.

 

Pour montrer comment ce procédé d’abord appliqué au petit nombre des malfaiteurs a été étendu à des catégories de plus en plus nombreuses jusqu’à concerner l’ensemble de la population, il a été fait appel aux ressources de l’ensemble des services d’archives publics : Archives nationales, Archives nationales du monde du travail, Archives nationales d’outre-mer, archives des ministères des Affaires étrangères et de la Défense, archives de la préfecture de police, archives départementales et municipales, archives d’entreprises, etc. Au-delà des techniques bureaucratiques ou policières de contrôle et de surveillance, c’est toute la complexité des rapports entre l’Etat et les citoyens qui se trouve ainsi révélée, entre résistance et consentement, protection et répression, indulgence et violence douce. Retraçant les étapes marquantes de cette histoire de l’identification à travers la photographie, des premiers essais maladroits du Second Empire jusqu’au recensement de 1960 en Algérie, plus de 2300 documents illustraient les conséquences de la Commune de Paris, l’invention de la photographie judiciaire par Alphonse Bertillon, les fichiers de la police judiciaire, de la sûreté de l’Etat et de l’administration pénitentiaire, les fichiers des passeports et des cartes d’identité. Les questions d’identité ne relevant pas des seules autorités de l’Etat, plusieurs fichiers d’associations et d’entreprises étaient également présentés.

 

Au sein de cette multitude d’individus identifiés, les visages photographiés, aux regards tantôt inquiets, tantôt stupéfaits, fermés, séducteurs, insolents, parfois bouleversants, restituaient à ces destins obscurs ou célèbres leur inaliénable dignité individuelle.

 

 

 

* PIERRE FOURNIE. Commissaire de l'exposition, conservateur général du Patrimoine, responsable de l'action culturelle aux Archives nationales.

 

** JEAN-MARC BERLIÈRE. Commissaire de l'exposition, professeur émérite, chercheur au CNRS.

 

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